Le Canada, un « protecteur » de la liberté de presse bien mal en point

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Comme à chaque année, l’organisation Reporters sans frontières, qui milite en faveur de la liberté de presse partout dans le monde, publie son rapport sur l’évolution des conditions de travail des journalistes. Et cette année encore, le pronostic est inquiétant, y compris au Canada, qui perd des plumes au classement mondial.

Corée du Nord, Chine, Arabie saoudite, Iran, Syrie… les « suspects habituels » semblent bien installés dans le bas du triste palmarès. Mais en cette époque de « fausses nouvelles » et de populisme électoral exacerbé, RSF parle carrément d’un « grand basculement », ainsi que d’une « banalisation des attaques contre les médias » et du « triomphe d’hommes forts ».

Plus rien ne semble ainsi enrayer la chute des démocraties amorcée les années précédentes, peut-on lire en introduction du rapport. « L’obsession de la surveillance et le non-respect du secret des sources contribuent à faire glisser vers le bas de nombreux pays considérés hier comme vertueux », qu’il s’agisse des États-Unis, avec l’arrivée à la Maison-Blanche du président Donald Trump, du Royaume-Uni, avec sa montée marquée de la droite pro-Brexit, ou même de la Nouvelle-Zélande.

D’ailleurs, le Canada n’échappe pas à cette vague de répression du travail journalistique. Le premier ministre libéral Justin Trudeau aura beau se targuer de défendre le « quatrième pouvoir » – l’approche gouvernementale en la matière semblant certainement plus ouverte que sous l’administration Harper, grand adversaire de la presse -, il n’en reste pas moins que plusieurs controverses ont ébranlé la fragile confiance des journalistes envers les institutions supposément démocratiques.

L’éclatement, d’abord, de l’affaire de l’espionnage de journalistes québécois par la Sûreté du Québec, aura fait réagir à un tel point que le gouvernement Couillard a déclenché une commission d’enquête sur la question. Ailleurs au pays, c’est la décision d’un tribunal forçant un journaliste de Vice à dévoiler ses communications avec une source qui fait fortement tiquer.

Comme le rappelle d’ailleurs RSF, « les journalistes (canadiens) ne sont protégés par aucune « loi bouclier » ». Ce type de loi est justement réclamé, rappelons-le, à la suite de l’affaire d’espionnage de journalistes québécois. Le chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé, mais également des journalistes de l’émission Enquête, à ICI Radio-Canada, auraient vu leurs communications être interceptées par les forces de l’ordre, y compris, dans le cas de M. Lagacé, pour tenter de démasquer une source au sein de la police pendant une enquête interne.

Une planète en émoi

Ailleurs dans le monde, et outre le tristement célèbre Donald « Fake News » Trump, qui continue de s’en prendre vertement à n’importe quel média qui publie des informations contredisant ses affirmations, le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, mentionne que « le basculement des démocraties donne le vertige à toutes celles et tous ceux qui pensent que sans liberté de presse solide, les autres libertés ne sauraient être garanties ». « Où cette spirale infernale va-t-elle nous mener? »

L’indice de référence utilisé par RSF pour évaluer cette liberté de presse aurait ainsi dégringolé de 14% en cinq ans, alors que l’autoritarisme gagne peu à peu du terrain sur la planète, indique aussi le rapport.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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