Séance cinéma – Blade, la trilogie ratée

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Hugo Prévost

Les adaptations de bandes dessinées au grand écran ne datent pas d’hier; avant Marvel et sa machine à imprimer de l’argent en sortant ce qui pourrait passer pour des copies remâchées du même film, il y a eu Dick TracySpawn et bien d’autres tentatives, mais, surtout, il y a eu Blade

Blade, avec son histoire mettant en vedette Wesley Snipes dans le rôle d’un hybride mi-humain, mi-vampire, qui pourchasse les créatures suceuses de sang. Blade, le film réservé aux 16 ans et plus avec sa violence excessive et son orgie d’hémoglobine. Blade, enfin, avec sa célèbre scène sous les jets de sang dans un abattoir transformé en dance club.

La sortie du premier film avait fait sensation, en 1998. Presque 20 ans plus tard, le titre a quelque peu mal vieilli: le scénario des vampires cherchant à accomplir une prophétie pour donner naissance à un « dieu vampirique » tient passablement la route, mais les techniques de prise de vues, la musique, et surtout les effets spéciaux créés par ordinateur trahissent clairement leur appartenance à la fin des années 1990. De film d’action respectable à l’époque, Blade est devenu cliché, voire même quétaine sous certains aspects. Après tout, ce n’est pas avec Wesley Snipes que nous allons trouver un acteur offrant un jeu capable de transcender les époques.

Néanmoins, si les patrons des studios cinématographiques avaient décidé de laisser Blade à lui-même, de laisser le film exister sous la forme d’une oeuvre unique, l’oeuvre aurait probablement pu conserver davantage de prestance, et occuper une place plus envieuse dans le répertoire du septième art. Malheureusement, comme cela serait le cas un peu plus tard avec The Matrix, un producteur ou une grosse légume s’est probablement dit qu’il y avait davantage d’argent à faire avec la série, et voilà que le souvenir du premier opus est irrémédiablement terni par deux suites, Blade II et Blade: Trinity.

Mais qu’allaient-ils donc faire dans cette galère? Pour Blade II, le réalisateur Guillermo Del Toro (oui, celui-là même qui nous donnera Pan’s LabyrinthHellboy et bien d’autres films autrement meilleurs que cette suite bâclée) se retrouve avec une histoire potentiellement intéressante, mais qui ne réussit pas à empêcher le naufrage. À Vienne, le grand chef des vampires tente depuis des années de développer une mutation du virus provoquant le vampirisme afin de donner naissance à un être « parfait », entre autres capable de circuler à la lumière du jour. Le hic, c’est que cette première tentative a été effectuée sur le fils du chef en question, fils qui désire se venger des expériences que l’on imagine particulièrement douloureuses.

Dans le cadre d’une conspiration trop complexe pour son propre bien, le chef des vampires pousse Blade à faire équipe avec des mercenaires autrefois entraînés pour traquer le justicier, histoire d’éliminer à la fois son fils et le plus grand ennemi de sa race.

Bien entendu, Blade finit par triompher, tous les méchants meurent, y compris le fils en question et Ron Pearlman, l’un des mercenaires au départ lancés à la traque de Blade, et qui est probablement le seul personnage qui semble savoir minimalement jouer devant la caméra. On n’en est pas à son rôle dans Drive, ou encore moins dans Pacific Rim ou Le nom de la rose, mais sa présence à l’écran permet de rester (à peine) éveillé.

Ironiquement, Blade: Trinity aurait pu être le chapitre final d’une trilogie enlevante et prenante… si la série avait été pensée comme telle. Car si les trois films s’articulent autour de l’idée, pour les vampires, de développer une arme capable de combattre Blade ou d’imiter ses capacités, on n’y trouve aucune ligne centrale, aucune « dorsale scénaristique » permettant de lier les trois longs-métrages entre eux.

Imaginons, un instant, l’idée suivante: un chasseur de vampires ayant longtemps travaillé en duo avec son mentor perd celui-ci pendant le premier film, alors que les vampires progressent dans leur quête de l’arme ultime. Le chasseur, Blade, doit faire équipe avec les Nightstalkers, qui comptent entre autres la fille du défunt mentor dans leurs rangs.

Dans le deuxième film, Blade et ses compagnons doivent faire équipe avec des vampires pour combattre une troisième menace, qui supplante les forces individuelles des deux camps. Et dans le troisième opus, les rangs des Nightstalkers sont décimés par le chef des vampires, Dracula en personne, qui force un affrontement final avec Blade, toujours tenté par sa moitié vampire, et donc son propre côté obscur.

Au lieu de cela, nous avons droit aux Nightstalkers, bien sûr, mais en tant qu’équipe introduite uniquement dans le troisième film. Résultat, leur mort survient beaucoup trop rapidement, le public n’ayant aucunement le temps de s’attacher aux protagonistes. Idem pour Dracula, joué ici par Dominic Purcell (Prison Break). En imaginant Dracula, on pense à un vampire séducteur, impressionnant, à la verve aussi aiguisée que ses dents. Au lieu de cela, Purcell joue une armoire à glace pathétique qui a droit à sa scène de marche au ralenti dans la foule, avec chemise trop ouverte, chaîne dans le cou et pantalons en cuir brun de rigueur. Côté méchant impressionnant, on repassera. Le seul personnage notable est celui de Ryan Reynolds, qui joue en gros Deadpool une dizaine d’années avant Deadpool.

Bref, Blade permettait d’explorer un univers intéressant pouvant offrir une certaine profondeur scénaristique. Malheureusement, le public a en fait eu droit à un film passable pour l’époque et deux navets insondables. Du beau gâchis.

 

 

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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