Stars in Shadow, le jeu-surprise

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Hugo Prévost

Après des années de disette, 2015 et 2016 auront été un moment faste pour les amateurs de jeux de stratégie à grand déploiement. Création d’une petite équipe d’à peine deux développeurs, Stars in Shadow apporte sa propre pierre en disant vouloir rendre hommage aux classiques du genre.

Appelés 4X, pour exploitexpandexplore et exterminate (exploiter des ressources, prendre de l’expansion, explorer l’inconnu et réduire ses adversaires en cendres), ces jeux de longue haleine ont connu leur moment de gloire vers la fin des années 1990 et au début des années 2000, entre autres avec l’apparition de la franchise Galactic Civilizations. Une quinzaine d’années plus tard, cette même franchise en est à sa troisième déclinaison (sortie en 2015), et le studio Paradox frappait un grand coup l’an dernier avec Stellaris. Autant dire que les amateurs d’empires spatiaux et de flottes gargantuesques en ont pour leur creuse dent.

Déboule, donc, Stars in Shadow, en accès anticipé depuis un certain temps, mais dont la sortie officielle a eu lieu jeudi 19 janvier. Créé par les deux membres du petit studio Ashdar Games et édité par Iceberg Interactive, le titre semblait se « peinturer dans un coin » en annonçant à l’avance qu’il désirait rendre hommage aux mécaniques de jeu typiques du genre. Et si cet hommage est bel et bien facilement discernable, Stars in Shadow fait preuve d’une originalité fort agréablement surprenante qui en fait un jeu solide dans lequel on engloutira joyeusement un peu trop d’heures en ces temps d’horaire surchargé.

L’idée de base a déjà été exploitée à de nombreuses reprises: développer sa race et/ou faction pour établir une base industrielle, scientifique, monétaire et militaire qui permettra de conquérir la galaxie, une planète à la fois. Et gare à ceux qui s’y opposeraient!

Mais c’est justement ce sentiment de déjà vu qui fonctionne, ici. Stars in Shadow réussit à faire siennes ces structures et ces mécaniques de jeu en les utilisant de façon directe et efficace. Le jeu est conçu par des passionnés, pour des passionnés. S’il n’y a pas tous ces événements secondaires comme dans Stellaris, par exemple, qui aident à soutenir la progression du joueur en début et en milieu de partie, il est ainsi possible de plonger dans le vif du sujet et de se mettre à produire usines, laboratoires, vaisseaux de guerre et troupes armées jusqu’aux dents.

Cela ne veut toutefois pas dire que Stars in Shadow n’est qu’une pâle imitation de titres AAA desquels il s’inspire. Loin des teintes neutres ou grisâtres de GalCiv III et consorts, le jeu s’appuie fortement sur une esthétique tenant presque du dessin animé, avec ses couleurs vibrantes et ses traits de crayons quasiment enfantins. Enfin, un peu de variété! Idem pour les vaisseaux, modulables selon le bon vouloir du joueur – et les capacités technologiques disponibles à ce moment précis. Tout est éclatant et renforce solidement le dynamisme du jeu.

L’aspect le plus novateur de Stars in Shadow est néanmoins fort probablement le combat. Adieu, affrontements en temps réel dans un espace en trois dimensions où le gros de la stratégie consiste habituellement à avoir plus d’engins que l’adversaire – un blindage plus épais et des armes plus fortes ne sont pas à mettre de côté non plus. Bonjour, combats au tour par tour sur une grille en deux dimensions vue de haut, où il sera rapidement essentiel de déployer des flottes multitâches afin de parer les nombreuses stratégies de l’ennemi. Faut-il lancer les intercepteurs de plus loin, quitte à perdre un tour supplémentaire avant qu’ils ne soient prêts à repartir? Les missiles lancés depuis la station de défense seront-ils en mesure de déjouer les systèmes de défense de ce destroyer téméraire envoyé en éclaireur? L’onde de choc de l’explosion de la corvette risque-t-elle d’endommager mes forces agglutinées autour d’elle? Autant de questions qu’il faudra se poser, alors que le concept du paquet d’unités ultrafortes jetées n’importe comment dans la mêlée devient ici très rapidement caduque.

Si Stars in Shadow manque un peu d' »audace », avec une victoire diplomatique simplement signalée par un écran statique à la fin d’une course électorale que l’on ne suivait que trop distraitement, par exemple, on peut pardonner aux deux développer d’Ashdar Games d’avoir paré au plus pressant, et d’offrir une structure centrale particulièrement solide plutôt que d’avoir consacré temps et ressources à l’emballage, au détriment du contenu.

Pour 20,99$ (ou 27,99$ en temps normal), Stars in Shadow est un achat essentiel pour tout amateur de stratégie spatiale. À essayer sans hésiter.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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