20th Century Women, et ces gens qui s’émerveillent dans le silence et la beauté

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Jim Chartrand

Cinéaste d’une rare sensibilité, Mike Mills creuse dans ses souvenirs pour s’exhiber les travers de l’esprit dans l’art et, comme tout artiste d’exception, il crée une œuvre si intime, si vraie, si merveilleuse qu’elle ne fait que charmer de son tout début jusqu’à l’ultime fin de son générique.

De par un minimalisme délicat et des détours inattendus, Mike Mills contournait la simple romance pour lui donner des airs de renouveau dans son merveilleux Beginners. Un film qui se donnait également le double-mandat de faire la part belle à son père qui s’est réinventé en tant qu’homosexuel vers la fin de sa vie. Avec 20th Century Women, il vise l’impossible en poussant plus loin, et, il tend considérablement au sublime en s’intéressant cette fois à sa mère, oui, mais également aux femmes en général, mais aussi à toute la vie d’hier, d’aujourd’hui et de demain, pour en faire ici un long-métrage intemporel d’une beauté indescriptible.

Dès l’ouverture, de par le visuel aussi lumineux qu’enchanteur capté par Sean Porter, les judicieux choix musicaux qui empliront chaque moment pour cibler l’époque dans une temporalité précise (le film se déroule à la fin des années 70) et par la sincérité des dialogues, principalement dans les moments de narration en voix off, le film émeut déjà. En l’espace de quelques secondes, aidé d’un montage calculé de Leslie Jones, complice de Paul Thomas Anderson, la proposition de Mike Mills vise juste et cette justesse en soi, elle sera présente tout du long.

Bien sûr, de par son côté anecdotique et sa façon de fragmenter l’histoire non seulement dans sa temporalité qui va-et-vient dans le temps sans crier gare, mais également en déplaçant l’importance de ses nombreux personnages desquels il fait pivoter l’intérêt, 20th Century Women peut paraître disparate. Pourtant, de rejeter la proposition serait de refuser de s’immiscer dans une observation remarquable de la vie dans ce qu’elle est de plus simple et de plus beau.

Ainsi, on y découvre des personnages noyés dans des contraintes qu’on aimerait leur retirer, qui d’une part les brimes dans une liberté faussement inaccessible, et de l’autre, s’entête à ne pas s’autoriser leur véritable potentiel. Si les mots sont toujours choisis avec adresse, c’est aussi un film qui aborde le manque de communication des uns et des autres et les fausses interprétations qu’on peut avoir de ce que ceux qui nous entoure peuvent bien dégager.

Et toutes ces nuances sur les déboires de la banalité de l’existence qui cherchent toujours à comprendre plus que ce qu’elles ont déjà du mal à saisir, elles prennent vie grâce à une distribution exemplaire dominée par le jeu le plus bouleversant et authentique de la grande Annette Bening. En insufflant sa propre approche et sa propre compréhension du personnage de Dorothea, elle y incarne cette mère curieuse et perdue, douce, mais résiliente malgré une fragilité palpable, un personnage emblématique et énigmatique qui ne demande qu’à être apprécié, découvert et apprécié. Mais aussi, l’une des relations mère-fils les plus bouleversantes et inédite du septième art.

À elle s’ajoute Elle Fanning, qui impressionne toujours plus à chacun de ses films, Greta Gerwig, aussi touchante et ingénue qu’à ses habitudes, mais aussi un vulnérable Billy Crudup et l’avatar de Mills en la personne de Lucas Jade Zumman qui pourrait difficilement mieux incarner avec lucidité et naïveté tous ces moments d’incertitudes qui nous ont liés ou non avec notre mère.

Ainsi, 20th Century Women donne envie d’émouvoir et de larmoyer tout du long, même s’il n’est pas en soi un film triste. Il est particulièrement vivant et s’il donne l’impression d’user de la mélancolie comme langage principal, c’est pour mieux regarder de l’avant et tenter d’y déceler l’espoir dans toutes ses formes. Puisque oui, on y rit et sourit beaucoup, car Mike Mills se livre plus que jamais dans ce long-métrage d’une admirable maîtrise. Unique de par son côté autobiographique, mais aussi dans cette manière d’intégrer dans chaque recoin l’ADN même de son créateur, voilà un long-métrage remarquable, ce genre de bijou qu’on veut s’offrir sans modération.

Non, Mike Mills ne comprend pas tout, mais il sait chérir les moments qui compte et c’est en leur redonnant une deuxième vie, en mettant cinématographique l’emphase sur ce qu’on pourrait se permettre de rater dans notre propre existence, qu’il inspire, qu’il nous donne le courage d’affronter le moment présent et de nous donner le mandat d’y déceler la beauté. Pour cela, on ne peut que l’en remercier chaleureusement.

9/10

20th Century Women prend l’affiche en salles ce vendredi 20 janvier.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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