Venir étudier au pays de Norman Bethune

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René-Maxime Parent

Originaire de la ville de Wuhan en Chine, Michelle étudie à la maîtrise en relation industrielle pour la gestion de ressources humaines, à l’Université de Montréal, depuis un an.

En entrevue, cette jeune femme qui souhaite trouver un emploi pour prolonger son séjour m’a parlé de son intégration au Québec.

Ton arrivée s’est bien passée ?

C’était stressant. Comme étudiante libre, je devais réussir tous mes cours pour continuer le programme, en maintenant ma moyenne au-dessus de « B ». Je ne parlais pas un bon français. Je n’avais pas d’amis, ni de famille, j’étais seule. Je ne savais pas cuisiner, parfois je ne mangeais qu’un repas par jour. Ma mère m’a montré à cuisiner par Skype.

Comment t’es-tu inscrite ?

Pour étudier à l’étranger, le système en Chine est vraiment complexe. Mes parents ont rassemblé les papiers de l’automobile, de la maison, et d’autres papiers officiels pour faire la preuve qu’ils ont les moyens de me supporter financièrement. Il faut d’abord entrer en contact avec un agent de coordination, ensuite un autre agent étudie notre dossier, et puis un autre agent nous donne de l’information sur les universités étrangères. Aussi, il faut démontrer que je demande un visa pour étudier, que je n’ai pas envie d’immigrer, sinon je le perds.

Toutes ces démarches administratives en valaient la peine ?

J’ai pensé faire la maîtrise en Chine, mais il faut passer des examens sur le domaine d’étude, la politique, la langue anglaise, et d’autres examens supplémentaires. La maîtrise dure trois ans et on doit la compléter en trois ans, en plus de devoir suivre des cours inutiles pour ma carrière. Je déteste l’éducation politique ! Ce sont des cours d’histoire et de marxisme. Ici, la durée est plus flexible et je peux choisir les cours qui m’intéressent. De plus, j’apprends sur une autre vision du monde, sur votre mode de vie.

Combien d’habitants compte ta ville d’origine ?

À Wuhan, nous sommes 30 millions ! C’est l’équivalent de la population totale du Canada. Si Pékin se trouve au nord et Hong Kong au sud, ma ville se situe entre les deux. Il a neigé une fois en 10 ans. La température peut descendre à moins 10 en hiver et monter jusqu’à 40 degrés en été. C’est trop chaud ! Ma ville a été colonisée par la France dans les années 1900. Il y a toujours des entreprises françaises et l’Alliance y enseigne la langue et organise des activités.

Qu’est-ce qui t’a « frappée », ici ?

Quand j’étais invité chez des amis, dès que j’étais arrivé ils me servaient une coupe de vin. Ça m’a surpris parce qu’en Chine nous buvons du thé, ou de l’eau chaude… pas directement du vin. Nous buvons de la bière ou du vin seulement en mangeant. Une autre chose qui m’a frappé, c’est qu’il y a beaucoup de gens pas mariés qui vivent ensemble. En Chine, nous nous marions, et après nous quittons la maison de nos parents pour aller vivre ensemble.

Et l’égalité homme / femme ?

Ici, j’ai l’impression que la femme a un statut presque égal à l’homme. En Chine, c’est très différent presque à tous les niveaux. Dans notre idéologie, nous pensons que les femmes sont moins importantes que les hommes. Quand je faisais le bac français en traduction, les offres d’emplois stipulaient qu’ils recrutaient seulement que des hommes. Maintenant, je sais qu’ici c’est illégal. Je pense que les femmes sont plus heureuses que les femmes en Chine.

Pourquoi Montréal ?

Je trouve les gens accueillants et sympathiques. Avant de connaître le Québec, je suis allé à New York en voiture. Quand je demandais aux Américains des indications pour la route, ils m’aidaient rarement. Mes amis chinois pensent que le Canada est un pays anglophone et ne comprennent pas pourquoi je suis venu ici pour étudier en français. Vous devriez faire connaître votre culture francophone.

J’aurais voulu aller à Paris parce que c’est la ville la plus romantique au monde, mais l’économie de la France a pris beaucoup de recul ces dernières années, sa position politique aussi. Mes parents trouvent que ce n’est pas une destination sécuritaire. Le Canada est sécuritaire et pacifique depuis des centaines d’années. Les Canadiens ont une très bonne réputation en Chine grâce à un médecin qui a sauvé beaucoup de Chinois pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’appelle Norman Bethune.

Que penses-tu du progrès en Chine ?

Pour Internet, nous avons un mur. YouTube, Google, Facebook, Twitter et Instagram sont tous censurés. Si on ne connaît pas le monde extérieur, on n’a pas envie de savoir. On a le « Service de recherche », et aussi des sites web pour voir les vidéos. Mais, c’est sûr qu’une fois que tu as connu ce monde, tu as envie d’en connaître davantage.

Et la pollution ?

Je pense que l’on peut contrôler. Ce sont les grandes villes comme Pékin qui sont les plus polluées, où il y a beaucoup de brouillard. Le gouvernement a déjà fermé les usines pendant les séminaires internationaux importants. Si le gouvernement veut, il peut les fermer.

Si l’usine ferme, que feront les travailleurs ?

Congé !

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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