Du cancer-métaphore à la mort

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Éloïse Choquette

Encore une fois cette année, James Hyndman et Stéphane Lépine nous proposent des rendez-vous littéraires au Théâtre de Quat’sous, qui gagnent d’ailleurs toujours en popularité, comme en a pu témoigner la salle pleine à craquer qui s’est remplie lundi soir pour écouter les paroles de Fritz Zorn lues par le comédien.

Cette fois-ci, c’est le « Théâtre des écrivains » qui est le thème des lectures. La première de la saison, qui s’est tenue le 26 septembre, portait sur l’œuvre de Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non. Dans cette deuxième de quatre soirées, c’est sur l’auteur allemand Fritz Zorn que se sont attardés Hyndman et Lépine.

L’introduction de ce dernier, comme d’habitude, a été d’une justesse et d’une finesse remarquables. En dressant le portrait rapide de l’auteur, dont l’œuvre en objet était en quelque sorte l’autobiographie, il nous a permis d’apprécier d’autant plus la lecture qui s’est ensuivie. Son savoir érudit, qui n’est pas sans une pointe d’humour, a pu encore une fois nous instruire tout en nous permettant de développer un respect renouvelé pour Monsieur Zorn, dont le vrai nom était en fait Angst. Il y avait très certainement un parallèle à faire avec la lecture de la Lettre au père de Kafka de la saison précédente; en effet, les deux œuvres, publiées de manière posthume, s’adressent au « je » à l’interlocuteur choisi, le père dans le cas de Kafka, et la mère dans le cas de Zorn, comme nous le mentionne de manière si à-propos Monsieur Lépine.

En ce lundi soir pluvieux, James Hyndman, loin d’être en reste par rapport à son complice, était au sommet de sa forme, voire de son art. Il a livré à un public attentif une lecture émotionnelle, vibrante, captivante et très expressive du magnifique Mars. L’œuvre en soi était admirablement choisie: on sent toute la passion, toute la réflexion, toute la remise en question profonde de l’auteur, au moment de l’écriture, alors qu’il était aux prises avec un cancer physique. Celui-ci fera l’objet d’une réinterprétation en cancer métaphorique par l’auteur – en cancer de l’esprit, de l’âme, qu’une éducation trop épurée aurait créé – mais dont l’atroce réalité marque toutes les pages. Une œuvre poignante, cynique, qui passe de l’humour noir à l’acceptation fataliste avec une aisance et un brio que la voix et l’expression de James Hyndman rendent à merveille. Ce fut probablement une de ses meilleures performances dans le cadre des rendez-vous littéraires – et ce n’est pas peu dire.

On ne peut qu’attendre avec impatience la prochaine lecture de la série, Scènes de la vie conjugale, de Ingmar Bergman, qui se tiendra le 20 mars prochain à 19h30. En plus de James Hyndman, celle-ci aura pour lectrice invitée Évelyne de la Chenelière, désormais une habituée des rendez-vous littéraires du Quat’sous.

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À propos du journaliste

Éloïse Choquette

Éloïse Choquette fait comme si elle menait une vie bien rangée d’architecte de jour – et devient une personne éclectique de nuit. Que ce soit en étant activement impliquée dans des organismes à but non lucratif, ou encore en faisant des études à temps partiel à Concordia en littérature et études des peuples autochtones, Éloïse aime diversifier ses champs d’intérêts, qui passent du féminisme intersectionel à la littérature, en passant par la science-fiction, les arts de la scène, le cinéma, la mode et le design. Journaliste chez Pieuvre depuis 2011, elle raffole de théâtre, de musique et de danse, qu’elle se plait à disséquer avec un enthousiasme certain. Elle puise la plupart de ses citations et inspirations quotidiennes dans Star Trek et Harry Potter, sujets dont elle peut discourir pendant des heures.

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