Le quatrième pouvoir pris à revers aux États-Unis

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René-Maxime Parent

Tout au long de la campagne électorale, le candidat Donald Trump n’a pas pris la parole pour livrer un message, mais pour bloquer la communication. Après sa victoire, ses électeurs ont déclaré qu’ils n’étaient pas entendus par l’establishment: « Washington ». Cet enjeu rhétorique concerne directement le rôle des médias.

« Aucun candidat des deux principaux partis aux États-Unis au cours des 100 dernières années n’a autant mis à l’épreuve les journalistes que Donald Trump », a assuré au magazine Trente de cet automne le professeur de journalisme au collège St. Michael’s dans l’État du Vermont, David Mindich. Ce qui pose problème c’est que le candidat tient des propos « déviants » énonçant des accusations mensongères et employant un champ lexical vulgaire. Ainsi, il sort du cadre du débat politique ce qui crée un inconfort auprès des journalistes, explique le journaliste Jean-Frédéric Légaré-Tremblay dans le Trente.

Afin de surmonter ce cas inhabituel, les journalistes doivent se référer à d’autres cas inhabituels. « L’heure n’est pas au silence pour les hommes qui s’opposent aux méthodes du sénateur McCarthy – ou pour ceux qui les approuvent. Nous ne pouvons défendre la liberté à l’étranger si nous la désertons chez nous », a déclaré le présentateur télé de CBS, Edward Murrow en 1954. Par cette affirmation en ondes, le présentateur a sorti de sa réserve journalistique pour dénoncer la « chasse aux sorcières ».

Pour sa part, le candidat Donald Trump a tenu les journalistes à l’écart en les qualifiant de « vraiment malhonnêtes » avec la même verve qu’il a répété que les élections du 8 novembre allaient être truquées.

À la négation de l’appareil démocratique, au champ lexical vulgaire et aux accusations mensongères s’ajoutent la provocation et l’abandon de son parti. Ainsi, la couverture médiatique de la campagne électorale a tourné autour de l’ego du candidat républicain.

Rejet de la gauche

Le journaliste Thomas Frank passe en revue les articles publiés par les grands quotidiens, Washington Post et New York Times, entre les mois de janvier et mai portant sur la campagne électorale menée par l’ex-candidat, Bernie Sanders dans le numéro de novembre du magazine Harper’s.

Les journalistes du Washington Post appartiennent à la même élite socio-économique que les professionnels du gouvernement, de Wall Street, du milieu de la médecine et de la Silicon Valley. Cette élite définit les limites du consensus de Washington en rejetant certaines questions en dehors de l’appareil gouvernemental faisant office de « réalisme », explique Thomas Franck. Alors, ne serait-ce que pour des raisons administratives, c’était plus simple pour le Washington Post de soutenir la candidate Hillary Clinton que de « recommencer à zéro » avec le nouveau candidat « social-démocrate » Bernie Sanders.

Voici quelques exemples de dénigrement tirés du grand quotidien:

« Manque de réalisme politique », écrit Catherine Rampbell.

« Les socialistes ne gagnent pas d’élections nationales aux États-Unis », écrit Dana Milbank.

« Il va risquer un désastre aux élections de novembre d’une dimension historique », écrit Charles Krauthammer.

« Un libéralisme du 20e siècle », écrit Michael Gerson.

« Bernie Sanders fait campagne contre Hillary Clinton qui a essentiellement remporté les nominations (… ) Le socialiste du Vermont est en course contre le Parti démocrate et c’est une excellente nouvelle pour Donald Trump », écrit Dana Milbank.

Malgré son impopularité, la candidate Hillary Clinton a bénéficié du bipartisme pour obtenir le support nécessaire jusqu’à la fin de la course. Les Américains de même que les étrangers répugnés par l’« ego médiatisé » du candidat républicain lui ont donné leur appui par défaut.

Crise des médias

Les structures physiques des médias, les immeubles appartenant à la presse, nous rappellent un moment de l’histoire où la profession de journaliste était en contrôle de sa destinée, écrit David Uberti dans le magazine Columbia Journalism Review de septembre / octobre. La vente des immeubles, leur destruction ou la délocalisation des salles de presse conduisent les médias à redonner un nouveau sens à leur entreprise en se forgeant une identité numérique.

Le Mercury News de San Jose, le Press Enterprise de Riverside, le Star-Telegram’s de Fort Worth, le Journal Constitution d’Atlanta, le Plain Dealer de Cleveland, le Chicago Sun-Times, le Star Tribune de Minneapolis, le Ashbury Park Press, le Star-Ledger de Newark, le Journal News de Westchester, le Providence Journal de Rhode Island, le Press Herald de Portland, le Oakland Tribune, le Miami Herald ont été contraints par ce passage au numérique, a énuméré David Uberti.

Sur internet, les médias perdent leur emplacement géographique et doivent concurrencer avec des sites de désinformation. De ce fait, on peut supposer que les journalistes sont moins en mesure d’établir la communication entre « Washington » et les habitants de l’ensemble du territoire américain.

Le taux d’abstention est élevé, la participation aux élections américaines s’élevant à 54,2 %. Ce n’est donc que le quart de la population américaine qui a porté Donald Trump à la présidence. Considérant la zone de l’Occident, plusieurs analystes associent cette victoire populiste au vote pour le Brexit au Royaume-Uni et à la montée de l’extrême droite en France.

Cette tendance révèle surtout l’absence de la gauche de la scène politique après quelques décennies de néolibéralisme.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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