Coalition dans la brume en Islande

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René-Maxime Parent

À la suite des élections de samedi dernier en Islande, nous avons eu droit à diverses interprétations des résultats. Avant de trancher afin de déterminer un gagnant, le webzine Reykjavik Grapevine pose la question : quel genre de coalition allons-nous avoir ?

Longeant la rive nord de Reykjavik sur la promenade des statues, un paysage surnaturel se déroule sous nos yeux. À mesure que la brume se dissipe, le sommet de l’autre côté se dessine, puis des montagnes apparaissent une après l’autre jusqu’à ce que le ciel se dégage complètement. Sous un soleil radieux, ces masses hors de l’eau guident notre vision vers le large ou une petite montagne au sommet enneigé transparait comme un mirage. Cette description illustre bien le dénouement des élections islandaises.

Après le compte de 195 200 votes sur 246 508, le webzine Reykjavik Grapevine affichait le résultat suivant :

  • Bright Future : 7, 2% ( 4 sièges, en détenait 6 )

  • Parti progressiste : 11,5% ( 8 sièges, en détenait 19 )

  • Viðreisn : 10, 5 % ( 7 sièges, en détenait 0 )

  • Parti de l’indépendance : 29 % ( 21 sièges, en détenait 19 )

  • Parti pirate : 14,5% ( 10 sièges, en occupait 3 )

  • Alliance sociale-démocrate : 5,7% ( 3 sièges, en détenait 9 )

  • Parti vert-gauche : 15,9% ( 10 sièges, en détenait 7 )

À la lumière de ces résultats, le Monde a rapporté qu’en obtenant 14, 5 % des votes les Pirates sont loin du 20 % prévu par les intentions de votes avant l’élection. Alors que le Huffington Post Québec, se référant à l’Agence France-Presse, annonçait la victoire des Pirates grâce à son alliance avant l’élection avec trois partis de centre-gauche, atteignant la majorité par la cumulation de 32 sièges sur les 63 que compte le parlement islandais.

Par contre, le Guardian a mentionné que cette alliance de gauche avec les Pirates ne compte que 27 sièges au total, pas assez pour obtenir la majorité. De son côté, le New York Times a souligné la démission du premier ministre, Sigurður Ingi Jóhannsson sur les ondes télévisées au moment où le nombre de sièges de son parti, le Parti progressiste, a chuté de moitié. La réputation de ce politicien avait été entachée par le scandale des Panama Papers. ICI Radio-Canada, se référant à Reuters, a plutôt rapporté la troisième place du Parti pirate.

À ce point, les interprétations des résultats électoraux par la presse étrangère ne nous éclairent pas sur comment sera constitué le prochain gouvernement. Face à cet épais brouillard maritime, les intéressés peuvent s’assurer d’une chose : il s’agit de la pire participation de l’histoire de l’Islande, chiffrée à 79, 2 % par Reykjavik Grapevine du 31 octobre.

Coalition

Au surlendemain des élections islandaises, rien n’est joué d’avance puisqu’aucun parti n’a obtenu la majorité de 32 sièges au parlement. Le jeu des alliances peut retourner la situation. Le webzine Reykjavik Grapevine a publié cinq scénarios possibles de coalitions entre les différents partis. Nous en avons retenus trois tenant compte de la polarité qui écarte les Pirates incarnant le changement du traditionnel Parti de l’indépendance, ainsi que de la percée foudroyante de Viðreisn de 0 à 7 sièges.

– Parti de l’indépendance + Parti progressiste + Viðreisn

Cette coalition de droite détiendrait 36 sièges, une majorité confortable au parlement. Cependant, le chef du nouveau parti libéral Viðreisn a déjà affirmé qu’il ne voudrait pas travailler avec ces deux partis. Une telle alliance provoquerait des manifestations publiques concertées.

– Parti pirate + Viðreisn + Parti vert-gauche + Alliance social-démocrate + Bright Future

Cette coalition regrouperait les partis qui ont le plus augmenté leur nombre de sièges à cette élection, alors on peut supposer qu’ils disposent d’un appui populaire considérable. Les Pirates et le Parti vert-gauche sont déjà en faveur de cette alliance et le chef de Viðreisn a affirmé le 18 octobre qu’il n’est « pas en désaccord » d’en faire partie.

– Gouvernement national

Pas de coalition, pas d’opposition, c’est-à-dire une assemblée où chaque parti cherche à obtenir un accord sur les projets de loi présentés au parlement. Dans ce cas inhabituel pour l’Islande, le président à la tête de l’État, Guðni Th. Jóhannesson devrait prendre les décisions ou exiger qu’un des partis forme une coalition.

Enjeux

À ce point, l’hypothèse de l’alliance des cinq partis menace la supposée victoire du Parti de l’indépendance avec ses 21 sièges, et la possibilité d’un gouvernement national rend le sort du pouvoir hasardeux. Ainsi, les enjeux du peuple insulaire nordique, énumérés par le webzine IceNews du 27 octobre, deviennent déterminants pour la suite du processus électoral.

La coalition au pouvoir de 2009 à 2013, formée du Parti progressiste et du Parti de l’indépendance, a ignoré le projet de nouvelle constitution; a proposé un débat sur la privatisation du système de santé; place la construction d’un barrage hydroélectrique dans la région des highlands devant l’aménagement d’un parc pour préserver l’environnement, devant la montée du tourisme. Sur fond de crise financière et du scandale des Panama Papers, ce type de gestion a provoqué un mécontentement général auprès de la population.

Pendant la soirée électorale du 29 octobre, un citoyen a interrompu une entrevue télévisée avec le ministre de la Santé, Kristján Þór Júlíusson, clamant à la caméra : « Pourquoi personne ne se souvient du krach et de l’évasion fiscale via Tortola ? Pourquoi vous nourrissez l’oiseau de proie ( en référence au symbole du faucon du Parti de l’indépendance ) ? », rapporte Reykjavik Grapevine.

Cette intervention a été le moment fort de la soirée, assure le webzine.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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