Le sang de Michi, épreuve de voyeurisme au sous-sol du Prospero

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Mathilde Perallat

Le théâtre Kata propose une adaptation de la pièce Le sang de Michi, écrite par l’auteur allemand Kroetz. Dans une salle confinée de 46 places, au sous-sol du théâtre Prospero, nous assistons tels des voyeurs à l’intimité d’un couple de miséreux.

Le théâtre Kata s’est donné pour mission de créer un théâtre kinesthésique, par lequel nous ressentons le théâtre non pas par l’esprit, mais par les sens. La pièce choisie est une œuvre brutale, qui donne en spectacle une insondable misère humaine.

Ils sont dans une pièce dépouillée et sale, visiblement sans le sou, deux protagonistes, homme et femme d’une couple en déclin. Ils essaient de se parler, mais n’ont pas les mots pour formuler leur pensée. La misère de ces deux personnages a atteint leur langage et leur capacité à se parler. Entre bêtise et méchanceté gratuite. Incapable de communiquer autrement qu’en juxtaposant des formules toutes faites, ils semblent chercher une voie de sortie. Ils la trouvent finalement, fatalement, quand Marie apprend à Karl qu’elle est enceinte.

La traduction de l’œuvre de langue allemande en québécois provincial donne une formidable crédibilité à la pièce. La mise en scène astucieuse et imagée permet de jouer les séquences crues et violentes sans pour autant risquer de causer des malaises à l’audience. Découpée en chapitres titrés comme pour aider les deux personnages à nommer les choses. L’utilisation majeure de la vidéo est un filtre qui permet de donner la sensation de voyeurisme et qui accentue le réalisme. Par moments on pourrait se croire en studio face aux répétitions d’une séquence de feuilleton télévisé cruel où serait mis à jour ce que la vie humaine a de plus misérable et honteux. Il n’y pas de sentiment dans le monde de Kroetz. Ce qui ne veut pas dire que nous ne ressentons rien. Le sang de Michi est introduit par un extrait de Négresse une autre pièce de Kroetz qui vient présenter l’univers sous un autre angle, pas plus joyeux.

C’est un travail intéressant d’une jeune troupe de la relève québécoise. Une belle performance de comédiens. Un texte important pour faire entendre la misère humaine. Une belle prouesse de traduction. Mais on n’y va pas pour recevoir une dose d’espoir et on n’y emmène pas ses enfants.

Au Théâtre Prospero

Du 11 au 29 octobre 2016-10-12

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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