The Magnificent Seven: tirer dans le vide

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Jim Chartrand

De tous les remakes qu’on aurait pu éviter, The Magnificent Seven, qui s’inspirait pourtant déjà du brillant Seven Samurai, se hisse assez aisément au haut de la liste. Sans saveur, sans rythme, sans rien, à l’exception de plusieurs gros noms, disons qu’on a ici la mort du western sur pellicule.

Étonnamment, bien qu’il semble être un genre coincé par ses propres balises, voilà que le western en est un qui a su évoluer et donner lieu à des œuvres d’une beauté hallucinante. Certes, il y aura toujours les histoires de diligences, les duels de territoire et les face à face de cowboys sans oublier les Indiens, mais en se permettant des folies allant des cadrages aux utilisations de la musique (allô Sergio Leone), disons que le cinéma a prouvé plus d’une fois qu’il y avait moyen de faire des westerns d’une grande intelligence.

Même récemment, on a prouvé sans mal qu’on pouvait autant s’évader dans la poésie (le trop peu vu, mais brillant Slow West) que dans la modernité (Hell or High Water), tout en continuant de faire suivre le western crépusculaire que Peckinpah avait amorcé avec l’indémodable The Wild Bunch (qui s’est remis de The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford?). Alors qu’est-ce qui cloche avec cette relecture de The Magnificent Seven pour le nouveau millénaire?

Son manque d’audace serait une première réponse et sa façon de transcrire l’ensemble dans une modernité technique défaillante en serait une autre. On a beau réunir des noms comme Denzel Washington, Chris Pratt et Ethan Hawke, notamment, ça ne sert à rien si, en fin de compte, on n’a rien de consistant à leur offrir. C’est donc du mieux qu’ils peuvent qu’ils se contentent de déblatérer des dialogues sans sens en plus de s’exécuter dans des scénettes toutes plus somnifères les unes des autres.

Après tout, Antoine Fuqua est loin d’être le cinéaste le plus talentueux et encore moins le plus subtil, apportant à Hollywood son lot d’action sans fondement. Quand on a l’impression que les scènes d’actions d’un western se passant dans les années 1800 semblent tout droit sorties d’un film de Marvel, disons qu’il y a un gros problème!

Et tout empire dans ce problème évident à ne pas savoir quel ton adopter. Entre la pure bouffonnerie et le sérieux mélodramatique empli d’une tension grimpante, le film ne sait pas sur quel pied danser, et ne réussit finalement pas à exceller dans l’un ou l’autre puisque même ses gags, quand il doit y en avoir, tombent certainement à plat.

Arrive alors la construction classique qui décide d’en faire à sa tête, de réunir les sept mercenaires en question et de tout préparer pour une grande finale aussi chaotique que blasée. C’est long et ça ne lève jamais, surtout qu’on ne s’attache à aucun personnage et que la façon de tenter maladroitement de leur développer une certaine histoire fait cruellement défaut.

The Magnificent Seven est donc une superproduction hollywoodienne comme tant d’autres qui fait semblant de rendre hommage au passé en le rasant pour mieux le ruiner. C’est la déconstruction de l’Amérique dans le sens propre du terme et c’est dommage pour tout le monde, le spectateur y compris.

3/10

The Magnificent Seven prend l’affiche en salles ce vendredi 23 septembre.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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