Le triste héritage de Mother’s Day

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Jim Chartrand

La mort de Garry Marshall cause un deuil différent de ceux que l’on a l’habitude de vivre, puisque son film testamentaire, disponible en Blu-Ray et DVD depuis mardi, pourrait difficilement être la pire façon de se remémorer la place qu’a su occuper le réalisateur à Hollywood.

Dernier volet obligé d’une trilogie particulièrement inutile, Garry Marshall a senti le besoin de rendre hommage aux fêtes « Hallmark » préfabriquées pour pousser encore plus loin la superficialité de notre époque. C’est donc en guise de reflet décourageant d’une Amérique sortie d’une autre époque que Marshall a réalisé un hommage insipide aux mères d’hier, d’aujourd’hui et de demain, devançant de peu le tout autant douteux Bad Moms qui a présentement un beau petit succès dans les salles sombres.

Renouant avec la Julia Roberts à qui il a offert une carrière par le biais de Pretty Woman et Kate Hudson qu’il a dirigée dans le quelconque Raising Helen, c’est tout juste si on ne s’attendait pas à y retrouver Anne Hathaway en guise de courtoisie (ce qui aurait déjà eu les airs d’éloges funèbres à un homme au talent déjà absent depuis longtemps).

Il n’en est toutefois rien alors qu’il traîne dans cette aventure une histoire plus concise, quoique tout autant caricaturale, que ses deux efforts précédents, avec surprise, et avec la moitié du nombre de vedettes, n’ayant ici au passage, en plus des deux noms nommés précédemment, que Jennifer Aniston, Timothy Olyphant, Margo Martindale dans un rôle ingrat, et la présence un peu inexplicable de Jason Sudeikis, habillé comme s’il avait 20 ans de plus.

Les costumes d’ailleurs, tous plus risibles les uns des autres, aident à former ce microcosme improbable qui n’est pas sans rappeler The Stepford Wives tant tout ce qui se produit à l’intérieur semble si réaliste pour ceux qui y participent et pourtant si faux pour tous ceux qui sont forcés d’assister au spectacle. Autant dans les dialogues, les situations que les valeurs qu’on tord de façon particulièrement douteuse, on se retrouve avec des discours qui n’ont plus d’écho ici. Que ce soit de la femme qui a choisi sa carrière face à sa fille ou la mère raciste et sexiste en plus d’un hommage aux efforts de l’armée, on se demande vraiment dans quelle sorte de sitcom on est tombé.

Le seul hic, c’est qu’au-delà du vagin géant (vous avez bien lu), on se prend cruellement au sérieux et on se voit aussi touchant que rassembleur. On doit alors admettre qu’à mi-parcours l’ensemble devient aisément risible et pratiquement agréable dans la façon de tout trouver cette entreprise particulièrement ratée.

Bien sûr, Mother’s Day est très loin d’être un bon film, il est particulièrement exécrable autant dans son exécution, sa façon de ruiner ses interprètes et de les forcer dans des situations expirées depuis longtemps. Dommage alors que ce long-métrage devienne la dernière preuve concrète d’un homme qui valait certainement mieux que cela.

4/10

Mother’s Day est disponible en DVD et Blu-Ray depuis le mardi 2 août.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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