Ubu on the table, théâtre d’objet et fable salace jouissive

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Mathilde Perallat

Ubu roi, la fameuse pièce d’Alfred Jarry, maintes fois adaptée, se retrouve présentée en miniature sur la table par le Théâtre de la Pire Espèce.

Cette table sera donc pendant cinq jours le théâtre d’un affrontement d’ustensiles de cuisine divers ; étonnants interprètes des personnages de la pièce, manipulés par deux comédiens. On ne vous gâchera pas les surprises des personnifications d’objet – pourtant si évidentes quand elles débarquent –, mais laissez-nous vous dire tout simplement: ça marche.

Ubu roi, pièce grotesque et assez grossière (mais fort célèbre !) du 19e raconte l’histoire d’un roi de Pologne mégalo, vulgaire, avide de pouvoir et d’argent, prêt à sacrifier son peuple pour régner et qui finit par se faire rouler par sa femme.

Créé en 1998, Ubu sur la table tourne depuis presque vingt ans pour le plaisir des jeunes comme des plus grands. La pièce a tourné partout dans le monde et a été acclamée aussi bien par la critique que par le public. C’est rafraichissant et réjouissant de voir les deux comédiens agiter les objets comme des marionnettes leur donnant vie tout en ne disparaissant pas eux-mêmes complètement. Ils sont très incarnés. On se souvient de nous, enfants, utilisant le moins objet ou quartier d’orange pour en faire un personnage et se raconter des histoires sans fin. C’est donc assez jouissif de voir apparaitre sur la table-scène une armée de fourchettes sur des baguettes de pain, des attaques à la tomate, ou le tango d’une lavette et d’un marteau. Le texte est savoureux et fleuri. C’est une farce à l’humour décapant, débordante d’inventivité et on passe un très bon moment.

Amenez-y vos ados, ils vont adorer.

Du 14 au 19 juin

Au théâtre de la Chapelle

Dans le cadre Festival St-Ambroise Fringe de Montréal (800eme représentation)

En anglais

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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