Money Monster: et dans le prochain épisode…

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Jim Chartrand

Dans un désir évident de vouloir provoquer et changer quelque peu les choses, Jodie Foster, dans ce nouvel effort derrière la caméra, a également peur de trop choquer et se contente de quelque chose de trépidant, certes, mais qui ne va pas nécessairement plus loin que les conventions des genres auquel son long-métrage aspire. Un divertissement donc, sans plus.

Tourné dans les règles de l’art, en plus de s’intéresser au sujet nécessaire et en vogue de Wall Street, des finances et des crises économiques, en plus de viser les escrocs à cravate, Money Monster mélange film de prise d’otage et film de braquage de banque, deux genres qui d’une certaine façon se rejoignent. Non pas nécessairement les braquages minutieux à la Ocean’s Eleven, bien qu’on y ait subtilisé deux comédiens, donc pas de grande préparation ou quoique ce soit du genre, mais bien les films de braquage qui s’intéresse à ce qui se passe autour, au contexte et tout, un peu comme le faisait Man on a Ledge, The Bank Job ou encore le Inside Man de Spike Lee qui mettait en vedette, tiens donc, nulle autre que de Jodie Foster.

Bien sûr, Foster n’a pas le même talent et sa vision est aussi limitée que ses trois scénaristes qui changent décidément de registre, l’un deux a après tout écrit Dear John adapté de Nicholas Sparks, ce qui est peu dire. Et leur bon vouloir ne s’allie pas nécessairement à la réalité alors que les revirements donnent plutôt à l’ensemble l’impression d’être un épisode spécial d’une télésérie à succès, le genre qui mettrait en vedette un événement plus grand que nature et peut-être même des apparitions spéciales de vedettes.

Comme quoi d’avoir collaboré au petit écran, que ce soit la cinéaste ou ceux qui ont écrit le scénario, cela leur aura donné des tiques qui ne conviennent pas nécessairement au grand écran. Bien sûr, on apprécie que le suspense soit constamment retenu par des révélations plus tirées par les cheveux les unes des autres, mais cela fait mal à la crédibilité d’ensemble.

Reste alors le ton qui ne sait pas sur quel pied danser, un problème récurrent si on se fie au bizarroïde The Beaver dont on ne s’est toujours pas remis. Bien sûr, Julia Roberts et George Clooney ont comme toujours un remarquable sens de la répartie et savent apporter une certaine justesse aux répliques et à l’absurdité des situations. Toutefois, le montage, la musique et la majorité des autres comédiens, sont trop ancrés dans un drame bien plus profond qu’eux.

Ainsi, de cette histoire de prise d’otage avec bombe qui se passe durant une émission en direct, on trouve bien du mal à rire alors que les dialogues le suggèrent, mais que l’ambiance dicte de trouver cela intense et dramatique. Et bien sûr, qu’on accepte ou non de se lancer dans une telle entreprise, il est difficile de gober ce poisson gigantesque puisqu’une telle situation ne se produirait probablement pas comme ça et certainement pas aussi longtemps. Il y aurait donc fallu jouer davantage sur l’aspect huis clos et sur les renversements de pouvoir et de positions qui ne font pas assez l’emphase alors que c’est là qu’aurait du se jouer toute la tension et la profondeur.

En effet, dans ses grands discours de complots, de trahisons et de classes sociales, en plus d’essayer de rendre le tout mondial, le film finit par laisser l’impression d’une parenthèse particulièrement égoïste. Bien sûr, il y a un effet miroir qui représente bien l’indifférence généralisée qui opère une fois que le drame est passé et dans sa conclusion qui revient sur la réalité de nos protagonistes qui tourne en blague à raconter dans les années à venir, on ne peut que ressentir un profond malaise pour le personnage invité dont le destin se retrouve aussi vite scellé qu’oublié.

Disons qu’un film qui prétendrait autant vouloir mettre en lumière les laissés pour compte et leurs problèmes offrirait sûrement un destin plus redevable que celui-là. Pour le reste, on y trouvera un suspense dans l’air du temps fait pour le grand public, sans trop d’audace ou d’ambitions, avec juste assez de réflexions sur notre époque et notre rapport aux médias pour donner l’impression qu’on trouve plus ici qu’ailleurs. Pour tout le reste, on devinera assez facilement que tout ceci n’est qu’une mascarade pour nous cacher encore plus de vérités. Vaut mieux réécouter tous les autres The Big Short, Margin Call, Too Big To Fail et compagnie pour en avoir véritablement le cœur net sur le cœur de la bête qu’est Wall Street.

5/10

Money Monster prend l’affiche ce vendredi 13 mai.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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