Captain America: Civil War – En attendant

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Jim Chartrand

Dans l’ultime dilemme à savoir si trop c’est trop ou trop c’est comme pas assez, disons que Marvel (sous la gouverne de l’impitoyable Disney) commence à se faire roi, produisant à nouveau un produit générique qui ne manque certainement pas d’éléments intéressants, mais offrant bien peu de profondeur pour en justifier l’ensemble. Reste alors une formule néanmoins gagnante qui continue d’avoir toute une longueur d’avance sur DC Comics, proposant à la ligne près la même prémisse que Batman V Superman: Dawn of Justice sans le pathétisme de ce dernier.

Philosopher sur l’existence a certainement son mérite, mais dans ce long enchaînement d’événements qui ne font que mettre en place les milliers d’autres qui verront le jour dans les décennies et multiples films à venir, disons qu’il devient difficile d’établir l’ampleur des réflexions qu’on précipite un peu ici et là. Comme quoi malgré la durée du long-métrage qui accumule pas loin de 150 minutes, incluant tout le générique qu’on doit se farcir au complet, Marvel oblige, on a davantage l’impression de faire face à une liste d’épicerie qu’à la conclusion de quelque chose ou la culmination d’un tout plus grand.

Ainsi, bien qu’on utilise le subterfuge d’appeler le film Captain America et qu’il suit les conflits établis dans les deux précédents volets, y compris le lien unique entre Steve et Buck, le chapitre a plus à voir avec les Avengers, et ce même si plusieurs d’entre eux manquent à l’appel. On donne ainsi directement suite à Age of Ultron et on mêle aussi grandement Iron Man à tout cela. Heureusement, tout de même, puisque Robert Downey Jr sort grand gagnant du combat en insufflant à son personnage nuance et profondeur comme jamais auparavant.

Pour le reste, les frères Russo continuent d’être fortement compétents sans pour autant rien révolutionner du côté de la mise en scène, n’en déplaise à des scènes d’action un peu trop chaotiques par instant alors qu’on perd l’action dans les mouvements des combattants, oui, mais dans ceux de la caméra également qui n’aide pas au vertige généralisé. La zizanie est aussi démultipliée par l’imposante distribution qui n’en finit pas de s’agrandir, ce, même dans les plus petits cameo comme Jim Rash, la participation des cinéastes à la télésérie Community en guise d’excuse, jusqu’à des rôles plus importants mais pas pour autant plus présents interprétés par les nombreux Hope Davis, John Slattery, Martin Freeman, et on en passe. Les interprétations varient entre l’automatisme et l’incertitude, plusieurs interprètes étant excités de se joindre à l’aventure alors que d’autres donnent pratiquement l’impression d’y être contractuellement obligés!

Certes, l’un des moments marquants et fortement attendu est de loin l’introduction du nouveau Spider-Man alors que cabotine le très jeune Tom Holland aux côtés de Marisa Tomei en Aunt May. Rien de transcendant, mais ce sera à prendre ou à laisser… à voir si sa naïve hyperactivité volubile sera la tasse de thé de tous. Cela générera toutefois plus de discussions que Daniel Brühl qui n’a pas nécessairement de plaisir à jouer les méchants.

Un autre point important qui continue de montrer que ces derniers ne sont pas toujours les plus intéressants, surtout lorsqu’ils sont mêlés à une morale mal développée, soit ici la véritable importance des héros face aux dommages qu’ils font autour de leurs « bonnes actions ».

Ainsi, il y en aurait certainement beaucoup à dire sur le film, mais rendu là, on tombe davantage dans le potinage que dans l’appréciation ou la non-appréciation de l’œuvre, tellement elle est créée sans nécessairement d’efforts puisque son succès est pratiquement assuré.

Reste alors un blockbuster d’une forte efficacité qui en a un peu pour tout le monde, mais pas assez pour ceux qui aimeraient que ça tombe dans plus que la simple superficialité de convenance. On se contentera alors de le regarder dans l’espoir que les choses se concrétisent davantage dans un autre opus de plus..

6/10

Marvel’s Captain America: Civil War prend l’affiche en salles ce vendredi 5 mai. Plusieurs représentations spéciales ont lieues ce jeudi 4 mai.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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