Le Brésil dépeint sous ses traits obscurs

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René-Maxime Parent

Le cinéaste Tim Burton séjourne au Brésil au moment où l’Opération Lava Jato expose les dessous du scandale Petrobras. La chroniqueuse et écrivaine Juan Arias commente la situation dans EL PAIS.

Que ce soit par les mains en ciseaux qui tranchent avec la banlieue pastel de Edward Scissorhands (1990), par la maquette du patelin de la Nouvelle-Angleterre qui transpose la réalité de Beetlejuice (1988)ou par la représentation de Gotham City avec les deux Batman (1989, 1992), le cinéaste Tim Burton nous a présenté la société américaine sous les tonalités ténébreuses des contes fantastiques d’Edgar Allen Poe, l’auteur de son enfance.

Après avoir atterri à Rio, le regard obscur du cinéaste de Mars Attacks! (1996) ne s’est pas arrêté sur la cruauté de la violence, les exécutions policières des marginaux, la pollution de la baie, l’épidémie du virus Zika ou la corruption des politiciens. Il s’est plutôt tourné vers l’empathie des Brésiliens, leur aptitude innée pour l’expression et la communication qui ne laisse personne seul dans son coin. « On respire dans tous les sens » a affirmé le cinéaste de The Nightmare before Christmas (1993), imprégné de l’art populaire et de la créativité manifeste.

Le Brésil authentique est invisible, il coule dans les veines de la population.

Le procès

Le Brésil se trouve en pleine Opération Lava Jato. Une commission qui enquête sur la corruption et le blanchiment d’argent de la pétrolière d’État, Petrobras. Sur le banc des accusés, on retrouve de plus en plus de politiciens et d’entrepreneurs qui ont eu, et qui ont toujours autant de pouvoir. Les incriminés comme les condamnés semblent mener le bal, valsant avec les juges qu’on accuse d’avoir été trop loin.

La majorité de la population est préoccupée par la corruption. Les Brésiliens craignent que cette lutte du système judiciaire contre l’élite corrompue, qui ne redoute ni la prison, ni le fait que le pouvoir se débat pour s’en sortir indemne, puisse désabuser les citoyens honnêtes qui ne volent ou cherche à s’enrichir à tout prix. Le débat sur l’éthique se trouve au cœur de la société.

Ce ne serait pas mieux, disent les avocats et les politiciens, que les grandes entreprises accusées d’avoir fraudé le fisc retrouvent leur liberté « pour continuer à créer de l’emploi »?

Au lieu d’aider la justice en contribuant aux enquêtes et en divulguant les cas de corruption, les journalistes ne pourraient-ils pas s’investir dans des nouvelles positives?

Ce contexte problématique qui referme la société brésilienne sur elle-même rappelle l’œuvre de l’écrivain Franz Kafka. Comme les personnages aliénés que croise le héros du roman Le Procès, Joseph K, la situation actuelle pourrait causer chez les Brésiliens une espèce de syndrome de Stockholm où ils préféreraient continuer de voter pour un candidat puissant corrompu qui tire son épingle du jeu, que simplement appuyer un candidat honnête.

Dans le même ordre d’idées, le cinéaste Terry Gilliam a campé au Brésil le roman 1984 de Georges Orwell afin de réaliser l’adaptation filmique Brazil (1985).

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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