À la découverte d’une planète oubliée

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Christine Plante

Chez Pieuvre.ca, où l’information est multidisciplinaire et les journalistes tentaculaires, quand on reçoit une invitation, tout se boucle à la vitesse de la lumière. En deux ou trois courriels, on se retrouve face à un paysage obscur de danse du bout du monde, dans un univers parallèle en 3D en matinée, ou en d’autres contrées lointaines du cosmos artistique. Cette semaine, cap sur le lancement d’un label de disques rétro-funk – Les disques Pluton.

Le choc du voyageur, dès l’arrivée. D’abord, j’arrive à l’avance, il n’y a personne. Un Divan Orange vide et gêné. Malentendu sur l’heure du décollage. Pas un 5 à 7. Plutôt un spectacle de fin de soirée où le grand public est invité. Bon d’accord, on reviendra plus tard… Mais plus tard, c’est le quiproquo sur l’enregistrement média. Le show qui commence à 21h. Ok. 21h30. On se demande vaguement si la DJ effacée fait partie de la programmation, mais tout le monde semble attendre comme moi et mon comité critique – je suis venue entourée de fans de funk, bien assis à bord de notre spoutnik. Bon. Tant qu’à attendre, je me laisse aller aux joies du lèche-vitrine humain. Une faune désinvolte, originale, tout le monde a l’air de s’être passé le mot : on boit de la Tremblay, en quille. Je remarque un olibrius qui passe d’une table à l’autre comme un colibri sur le LSD. Je me dis, philosophie, que la planète Pluton est peuplée d’artistes et que mon boulot, c’est de juger leur performance musicale, pas leur talent d’organisateurs ou de relationnistes. Le spectacle commence finalement vers les 22h30.

Le singulier personnage sur le LSD est au centre de la scène. Il prend toute la place, un déséquilibre général règne tout au long de la performance du premier groupe – Sound of Sea Animals. Comme un ado en détresse qui cherche son identité, la musique est parfois indie-rock, grunge, ça tire vers le pop, ça manque vaguement de substance et franchement, on éprouve plutôt une fascination malsaine pour ce joueur de base qui en beurre tellement épais qu’on en oublie d’écouter la musique. J’ai la nausée, et c’est pas la Tremblay. Plus tard, je rencontrerai l’oiseau rare, qui est par ailleurs fort sympathique – en coulisses. On m’amène sans hésiter dans le repère des artistes, juste au dessous de la piste de danse. Sous terre, j’apprends la relation incestueuse entre les groupes invités de la soirée. Le guitariste du premier couplet revient en chanteur, le batteur est aux deux, et d’animaux marins du premier groupe, il n’y a en fait que le chanteur, les autres sont des membres honoraires à la rescousse de la formation – probablement bien meilleure en terres plus connues.

Prise deux, Buddy McNeil and the Magic Mirrors. Là je prends mon pied, mon spoutnik de critiques est en liesse. Les joyeux Mirrors sont gentiment marinés (A.K.A. chapeaux de matelots, petits foulards ringards, on aime), le chanteur – Alexis Roberge – est ludique et terriblement sexy, Izi LaTerreur est enivrante, et la musique, envoutante. Normal, ils font équipe avec Buddy McNeil. Pour la petite leçon Wiki, Buddy McNeil est un illustre rockabilly de la génération Elvis, Johnny Cash et autres protégés des Sun Records. En 2006, le texan léguait aux Magic Mirrors l’ensemble de son vaste répertoire funk, qu’on a goûté vendredi avec bonheur.

Après cette performance, j’aurais bien aimé terminer avec une entrevue avec le gars des disques Pluton, rencontré pendant mon choc du début de soirée, parce qu’avant tout, on lançait bien un label de disques, ce soir. Trop tard, mon spoutnik s’est transformé en citrouille avant qu’il ne redescende de scène, bien occupé lui aussi à nous verser du talent limpide et allumé, trois artistes à bord de leurs cordes maitrisées et accomplies.

Retour à Pluton, donc, ce label qui a pour mission de rééditer de vieux tubes oubliés et de ramener à la lumière des étoiles éteintes du patrimoine culturel québécois. Garage, soul, rock, R’n’B, funk, jazz, sont au programme. Studio « B » Funk est leur première publication, un 45 tours édité à 100 copies, un disque de Donald Seward, composé de « méga grooves » enregistrés à la fin des années 60. En vente au coût de 12$, ce que n’est vraiment pas volé. Pour groover.

On peut commander le disque ou écouter des extraits sur le www.lesdisquespluton.com.

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