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    Non, la chloroquine n’est pas une solution contre la COVID-19

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    Par Agence Science-Presse le 10 mai 2020 Santé

    Une centaine d’essais cliniques sont actuellement en cours à travers le monde sur l’un ou l’autre des médicaments à effet antiviral dont on espère qu’ils limiteront les effets de la Covid-19. Mais deux de ces médicaments ont plus fait parler que tous les autres: l’hydroxychloroquine et la chloroquine. Le Détecteur de rumeurs est allé vérifier l’état de la recherche. 

    Ce sont deux dérivés synthétiques de la quinine, que l’on connaît depuis des décennies pour leur efficacité contre la malaria.

    L’intérêt a été ravivé à la mi-février quand des chercheurs chinois ont suggéré ces molécules auraient in vitro une activité antivirale contre le SARS-CoV-2. En France, elles ont acquis une énorme notoriété lorsque l’infectiologue Didier Raoult et son équipe ont conclu à l’efficacité d’un traitement à l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine, un antibiotique, lorsque donné au patient pendant les premiers jours de la maladie. Mais son étude a été amplement critiquée pour ses faiblesses méthodologiques — ce qui n’a pas empêché certains, dont le président américain, de s’empresser de vouloir tout miser sur ces molécules.

    Or, depuis, les résultats préliminaires de deux études plus importantes ont été dévoilés et ont refroidi les ardeurs.

    Menée au Brésil, la première cherchait à comparer deux niveaux d’utilisation de la chloroquine, à « forte dose » et à « faible dose ». Des résultats préliminaires ont été publiés le 24 avril. Les 81 patients avaient été répartis en deux groupes. La moitié devait recevoir une forte dose de chloroquine (600 mg) deux fois par jour pendant dix jours, tandis que l’autre moitié allait recevoir une dose plus faible (450 mg) pendant cinq jours. En outre, les patients des deux groupes se sont vu administrer deux antibiotiques (ceftriaxone et azithromycine). Après 13 jours, 16 patients du premier groupe et 6 du second groupe étaient décédés. Les chercheurs ont temporairement conclu que l’administration d’une dose importante de chloroquine pouvait être associée à un type d’arythmie cardiaque grave, et ont donc cessé d’utiliser ce niveau de médication. Le traitement à plus faibles doses se poursuit.

    La seconde étude, parue le 23 avril, est encore moins encourageante. Elle s’appuie sur le plus important groupe à avoir été testé jusqu’ici: 368 vétérans de l’armée américaine atteints de la Covid-19. L’analyse des données s’arrête au 11 avril. Ils avaient été divisés en trois groupes, l’un qui avait reçu uniquement de l’hydroxychloroquine; le deuxième de l’hydroxychloroquine combinée à de l’azithromycine; et un groupe contrôle sans hydroxychloroquine. C’est dans ce dernier groupe, sans hydroxychloroquine, que le taux de mortalité fut le plus bas (11,4 %). Le taux de mortalité du groupe ayant reçu hydroxychloroquine et azithromycine était près du double (22,1 %) et celui du groupe hydroxychloroquine seulement était encore plus élevé (27,8%).

    Au final, reconnaissent les chercheurs, ces chiffres restent eux aussi préliminaires. D’autres essais cliniques sont en cours.

    Par ailleurs, dans un pré-papier publié le 1er mai, des chercheurs chinois se sont penchés rétrospectivement sur les dossiers de 568 patients hospitalisés dans un état critique entre février et avril. La majorité (540) ont reçu « des médicaments antiviraux et des antibiotiques » et un petit groupe (48) a reçu, en plus, de l’hydroxychloroquine. Le taux de mortalité aurait été de 19% dans ce petit groupe (9 patients sur 48)  contre 46% dans l’autre (238 sur 520). S’il fallait attribuer ce résultat encourageant à l’hydroxychloroquine, il faudrait toutefois en conclure qu’elle agit de concert avec d’autres médicaments.

    Après la parution de cet article du Détecteur de rumeurs, une autre étude américaine est apparue le 7 mai, dans le New England Journal of Medicine. L’hydroxychloroquine, utilisée sur plus de 1300 patients à New York, mais sans groupe de contrôle, n’a pas réduit le nombre de patients devant être envoyés aux soins intensifs et n’a pas réduit le nombre de jours d’hospitalisation.

    Les mises en garde des autorités de la santé

    Au Québec, dès le mois de mars, l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) avait été appelé par le ministère de la Santé à présenter une « position »  sur l’usage potentiel de ces deux médicaments contre la Covid-19. Au terme d’une recension de la documentation scientifique (en date du 31 mars 2020, soit avant les résultats brésiliens et américains), son comité d’une quarantaine d’experts avait conclu que les preuves amassées n’étaient pas assez «robustes» pour justifier l’utilisation généralisée de ces médicaments.

    L’INESSS indique ainsi ne pouvoir en recommander le recours «en dehors d’un protocole de recherche», et ce, ni en prophylaxie, ni chez les patients ayant un diagnostic confirmé de Covid-19, hospitalisés ou non.

    D’autres agences nationales de santé ont également pris leurs distances. À l’instar de l’Agence espagnole des médicaments et produits de santé le 22 avril, l’agence américaine (la FDA) et Santé Canada sont montées au front les 24 et 25 avril pour rappeler que l’efficacité de l’hydroxychloroquine et de la chloroquine n’avait pas encore été démontrée. Selon ces agences, les risques d’effets secondaires sont bien réels et ces médicaments ne sauraient être utilisés hors des contextes strictement supervisés d’une hospitalisation ou d’un essai clinique.

    Aux États-Unis, les pharmacies ont été submergées de demandes pour ces deux médicaments: les prescriptions ont été multipliées par 46 depuis que le président Trump a commencé à en faire la promotion, selon une analyse du New York Times.


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