Bonne retraite, Jocelyne détruit le mythe du party de famille bon enfant

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En reprise en 2019, après une première série de représentations fort remarquée en 2018, Bonne retraite, Jocelyne, de Fabien Cloutier, revient sur les planches de La Licorne. Mercredi, la salle était comble, avec un mélange de jeunes et de gens plus âgés; un signe, certainement, de la popularité de l’oeuvre.

Le brouhaha des conversations du public s’interrompt dès le début de la pièce. Un silence sacré qui perdurera pendant les 70 minutes du spectacle, et qui ne sera interrompu que par les rires synchronisés des spectacteurs. Les dialogues bien ficelés et les gags tombent a point.

Le décès abrupt de sa collègue pousse Jocelyne a demander sa retraite immédiate. Ayant pris conscience de la fragilité de la vie, elle souhaite donner du temps aux siens et réaliser un voyage humanitaire dans le Sud.

Un beau projet rose pour donner au prochain. Elle prépare un beau party dans la foulée pour l’annoncer a sa famille: un petit feu dans le jardin, du blé d’Inde, des boissons pour tout le monde et des devinettes pour jouer et s’amuser. Mais c’est sans compter que cette famille est un ensemble de « Je », il n’y a pas vraiment grand chose qui les unit, et chacun d’eux est préoccupé par sa petite personne.

Les échanges sont très directs et très forts. La tension monte vite et atteint un niveau tel que le public croit que tout va exploser; quelqu’un intervient alors pour rappeler le reste de la famille à l’ordre avant que cela ne pète: on doit avoir du fun, calmons-nous. Une chance!

Les personnages ont leurs positions bien campées. Chacun possède son opinion s’appuyant sur du vide, et il y a toujours quelqu’un, dans la pièce, qui pense exactement l’opposé, sans nécessairement argumenter ou expliquer. Ce n’est pas nécessaire, on dirait bien. Le plus important est l’opinion. Le « je pense » l’emporte sur tout le reste.

Après ses minutes de gloire ou il donne tous ses opinions a droite et a gauche. Sur tout ce qui bouge : les riches, les pauvres, le systeme, les malades, les psychologues et même les acteurs… Un bouillie de jugements agressifs, populistes. Mais a tour de rôle, chacun se fait dénuder et montre sa fragilité et se mue dans le silence.

Laissez Jocelyne parler d’amour

Jocelyne, c’est à ton tour de te laisser parler d’amour… Sauf que ce temps-là manque. Tout le long de la pièce théâtre, Jocelyne tente de vivre un party de famille amusant. Mais les ego et les préoccupations de tout un chacun prennent le dessus sur tout. Des plaies de souvenirs encore vivants se rouvrent et font tomber les masques des premiers rires.

Cet événement familial chaotique est en contradiction avec l’annonce de Jocelyne au milieu de ses collègues, où tout était cliché: carte, cadeau, émotion, promesse de donner des nouvelles… La retraite de Jocelyne est la retraite de la nuance, la retraite de l’amour et de la générosité. Aucune place pour la compassion ou d’empathie. Une retraite du sens noble de la famille.

L’auteur et le metteur en scène Fabien Cloutier commente: « Et on est encore là depuis toujours a se battre pour un petit morceau de quelque chose alors que comme famille comme peuple il me semble qu’on ne sera jamais assez pour avoir les moyens de ne pas nous aimer. »

Bonne retraite, Jocelyne, texte et mise en scène de Fabien Cloutier. Avec Jean-Guy Bouchard, Josée Deschênes, Claude Despins, Sophie Dion, Lauren Hartley, Éric Leblanc, Brigitte Poupart, Vincent Roy et Lauriane S. Thibodeau.


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