Le problème, avec les bonnes, voire les très bonnes, ou même les excellentes séries, comme c’est le cas pour Slow Horses, c’est qu’après quelques saisons, vient toujours la crainte de l’essoufflement du scénario, de l’enlisement de l’action. Mais pour la bande d’espions ratés, sous la gouverne d’un Gary Oldman toujours aussi en forme, c’est tout le contraire: cette cinquième saison confirme le statut de bijou télévisuel de cette oeuvre diffusée sur Apple TV+.
Après les événements de la saison précédente, où notre protagoniste River Cartwright a dû affronter son père longtemps disparu, voilà que notre héros ne semble plus être que l’ombre de lui-même. Il ère un peu comme une âme en peine, est bête avec tout le monde… Rien pour améliorer l’état d’esprit de sa collègue, qui a perdu un confrère (et son amoureux, du même coup).
Mais l’heure n’est pas au travail sur soi et au deuil, puisque dans un contexte de course électorale serrée entre un populiste de droite, voire d’extrême droite, et un libéral un peu inoffensif, un groupe terroriste décide de multiplier les attaques visant à semer la terreur au sein de la population londonienne.
Voilà donc notre équipe de bras cassés forcée de reprendre du service, encore une fois, en plus d’être toujours dans le viseur du MI5, les « vrais » espions chargés de la sécurité intérieure du Royaume-Uni.
Si nous retrouvons évidemment plusieurs personnages que nous avons appris à aimer (et aimer détester) au fil du temps, cette cinquième proposition surprend bien souvent par l’espace laissé à d’autres intervenants, d’autres protagonistes, notamment Claude Whelan, le grand patron du MI5, interprété par un James Callis aussi suave que retors.
C’est aussi toujours un grand plaisir de revoir Kristin Scott thomas, la numéro 2 de la sécurité intérieure et l’éternelle adversaire de Jackson Lamb, le personnage de Gary Oldman.
Oui, cette idée d’un affrontement électoral entre un élu libéral sortant un peu mollasson, avec l’incroyable slogan Make London Londerful Again, ou quelque chose du genre – un non-sens malheureusement intraduisible –, et un raciste et xénophobe qui n’est pas sans évoquer un éventuel enfant entre Nigel Farrage et Donald Trump, évoque un peu trop directement la plus récente présidentielle aux États-Unis, notamment.
Mais c’est aussi le monde dans lequel nous vivons: un affrontement qui semble éternel entre des forces de droite et d’extrême droite qui semblent mieux préparées, plus agressives, et une gauche déboussolée, désorganisée, incapable de s’unir et de montrer un peu les dents pour défendre les acquis durement gagnés.
Efficace, franchement très bien écrite par moments, drôle, prenante… Cette cinquième saison de Slow Horses prouve qu’il est tout à fait possible de faire perdurer un succès télévisuel. Il suffit, sans doute, d’avoir de bonnes idées et suffisamment de ressources pour leur donner vie. À voir!





