La violence conjugale est parfois quelque chose d’insidieux, de pernicieux. Mais elle peut aussi s’afficher au grand jour, dans des déversements de brutalité et de terreur qui ébranlent même les plus endurcis. Et dans Faon, présentée à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, ces deux côtés de la bien triste médaille se télescopent au son de la musique de Bowie.
Dans un appartement que l’on imagine petit, encombré (ou plutôt désespérément vide? Qui sait), une femme épuisée doit s’occuper de David, son jeune enfant. David qui est là, mais pas vraiment, plutôt représenté par un mannequin. C’est plutôt Gabriel Favreau, qui interprète David en version adulte, qui parlera à travers ce corps inanimé. Comme s’il était impossible que la mère et son fils se trouvent vraiment ensemble, au même moment, au même endroit.
La mère, donc, est poursuivie par son ex-conjoint violent, et devra éventuellement prendre la fuite… laissant son enfant derrière elle. Geste horrible, sans aucun doute. Mais le geste est-il malgré tout justifié? Clairement, l’autrice Marie-Christine Lê-Huu souhaite confronter le public à ses préconceptions par rapport aux rôles parentaux.
Bien entendu, la violence conjugale sera toujours inacceptable, mais peut-on pardonner à une mère qui laisse son jeune enfant se débrouiller seul, et qui disparaît dans la nature pendant une trentaine d’années?
Faon, c’est donc la terreur d’une mère, elle qui a eu peur pendant si longtemps qu’elle est constamment aux aguets, à l’instar de l’animal, justement. Mais c’est aussi la solitude d’un enfant, laissé à lui-même à la disparition de la figure maternelle, à l’instar de Bambi dans le film du même nom.
Rebel, rebel…
Et à travers tout cela, la musique de Bowie, Bowie qui a non seulement accompagné le jeune David lorsque son père battait sa mère, mais qui représente aujourd’hui à la fois un rappel de ce traumatisme et le souvenir de l’époque où, justement, sa mère était encore présente.
Comme si tout cela ne suffisait pas, nous avons cet autre personnage, interprété par Sasha Samar, sorte de figure énigmatique dont l’identité, une fois révélée, représentera un autre pavé lancé dans cette mare trouble des relations familiales incertaines.
Faon ne fait définitivement pas dans la dentelle; la violence et la douleur imprègnent chacune des parties de ce texte mis en scène par Éric Jean. Mais c’est toutefois du côté de cette mise en scène, justement, que le bât blesse.
D’abord, parce que l’idée d’installer, sur scène, deux grands cubes dont on ne verra que les arrêtes, à l’imagine deux vies, deux aspects de l’existence qui ne communiquent que difficilement ensemble, est brillante, mais en fonction de l’endroit où l’on est assis, dans la salle, les comédiens peuvent être largement cachés par ces barres de métal.
Ensuite, on aura beau aimer Bowie, il n’est pas nécessaire de nous servir le défunt chanteur britannique à presque toutes les sauces. On comprend que sa musique sert à la fois de référent émotionnel et de marqueur de transition, entre deux scènes, mais pour une pièce qui dure un peu moins de 90 minutes, ces chansons sont trop nombreuses et trop longues. Et n’en déplaise au talent de M. Favreau, les tours de chant n’étaient franchement pas nécessaires.
Malgré tout, Faon est une pièce intéressante, une réflexion sur les impacts d’une violence conjugale trop souvent ignorée par la société, du moins jusqu’aux conséquences funestes que l’on ne connaît que trop bien. À voir, donc.
Faon, de Marie-Christine Lê-Huu, mis en scène par Éric Jean, avec Gabriel Favreau, Agathe Lanctôt, Marie-Ève Perron et Sasha Samar
À la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, jusqu’au 13 septembre





