Atteint à la gorge par une balle lors d’une intervention policière qui a tourné au drame, le détective Carl Morck est en colère. En colère contre le tireur, qui court toujours, quatre mois après les faits. En colère contre lui-même, parce qu’un autre policier est mort et que son partenaire a été paralysé. Et en colère contre la vie elle-même. Bienvenue dans Department Q.
Adaptée des romans de l’auteur danois Jussi Adler-Olsen, cette télésérie policière, lancée sur Netflix à la fin du mois de mai, met donc en scène notre détective taciturne, qui était déjà bête comme ses pieds avec tout le monde avant l’incident qui a failli lui coûter la vie, et dont l’humeur ne s’est guère améliorée depuis.
Et en guise de réintégration au travail, voilà qu’on lui confie sa propre unité, installée dans un sous-sol sombre, froid et humide, pour résoudre de vieilles affaires – les bien nommés cold cases. Accompagné de personnages aussi colorés que lui-même – une policière souffrant de syndrome de stress post-traumatique qui désire de nouveau faire ses preuves, un immigrant syrien au passé trouble qui se révèle doté d’étranges (et parfois terrifiants) talents –, Morck cherchera à retrouver la trace de Merritt Lingard, procureure de son état qui a disparu il y a quatre ans, sans laisser de traces.
La structure de cette série n’a pas grand chose de nouveau. Mais ce qui est intéressant à voir, de façon un peu paradoxale, d’ailleurs, c’est cet homme affichant normalement sa masculinité et son détachement professionnel comme une armure, mais qui doit maintenant tenir compte du fait qu’il a bien passé proche de mourir, alors qu’il fanfaronnait un peu sur son lieu de travail.
Au fil des épisodes, alors que l’équipe remontera la piste de la disparition de la procureure, on verra donc notre personnage principal évoluer. Pas question de tomber dans la mièvrerie, cependant, ou dans les clichés de ce genre d’oeuvre du petit écran, où les collègues deviendront finalement de grands amis. Non, Department Q fait dans la subtilité – dans une certaine forme de réalisme, bref.
La chose est si réaliste, en fait, que l’on a parfois envie de hurler, de crier au personnage principal d’arrêter de vouloir jouer les gros bras et de se montrer enfin vulnérable, histoire de ne pas se mettre tout le monde à dos, et de guérir ses blessures psychologiques encore très profondes.
On grincera aussi des dents devant certains gestes absolument impensables commis à l’encontre de sa psychologue. Rien de scabreux, mais certainement des violations éthiques.
On grincera aussi des dents, malheureusement, en découvrant l’identité et la motivation des méchants. Il n’est pas question, ici, de donner trop de détails à propos du scénario, mais l’histoire est clairement trop alambiquée pour son propre bien. Y compris tout un passage à propos d’un journaliste d’enquête qui s’avère franchement inutile.
Nonobstant cet aspect plus faible, cette première saison de Department Q est suffisamment solide pour en recommander l’écoute. Un peu à l’instar des Wallander et autres Bosch, on aime nos policiers un peu maganés, et surtout capables de faire la différence sur le terrain. À voir, donc.





