La productivité agricole réduite de 21% depuis 60 ans en raison des changements climatiques

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Pour la première fois, des chercheurs ont été en mesure de quantifier l’impact humain des changements climatiques sur la croissance de la productivité agricole mondiale. Dans des travaux publiés dans Nature Climate Change, des scientifiques des universités du Maryland, Cornell et Standford ont découvert que la productivité agricole mondiale avait chuté de 21% depuis 1961, ce qui, de l’avis des chercheurs, est l’équivalent de la perte de la croissance de la productivité des 7 dernières années.

Selon le rapport, cela signifie aussi que l’agriculture mondiale est de plus en plus vulnérable aux effets des changements climatiques, les régions plus chaudes comme l’Afrique, l’Amérique latine et les Caraïbes étant les plus touchées.

« Notre étude suggère que des facteurs climatiques et liés aux conditions météo ont déjà un très grand impact sur la productivité agricole », affirme Robert Chambers, professeur d’économie agricole et de ressources naturelles à l’Université du Maryland.

« Nous avons utilisé notre modèle pour estimer à quoi ressemblerait la productivité agricole en l’absence du changement climatique. »

S’il est fréquent que la productivité totale soit calculée pour une industrie, l’agriculture est unique, puisque tous les facteurs ne sont pas contrôlés. Ainsi, l’agriculteur est à la merci de facteurs externes, principalement la température.

« Lorsqu’un fermier prend une décision économique, comme le fait de planter un type de semences plutôt qu’un autre en juin, nous ne connaissons pas nécessairement le résultat de cette décision avant six mois », explique M. Chambers. « Il existe donc une séparation claire entre l’entrée et la sortie, les données fournies et leur résultat, et des événements aléatoires comme la météo peuvent grandement affecter tout cela. La productivité est essentiellement un calcul de vos entrées par rapport à vos sorties, et dans la plupart des industries, la seule façon d’obtenir de la croissance est avec de nouvelles entrées. La mesure de la productivité agricole ne comprenait pas, autrefois, des données météorologiques, mais nous voulons connaître les tendances pour ces informations et impacts qui sont hors de contrôle des agriculteurs. »

Et si des travaux précédents ont principalement porté sur la productivité agricole américaine, ajoutent les chercheurs, la nouvelle étude porte davantage sur l’ensemble de la planète.

« Notre rapport nous permet de comparer les effets aux États-Unis avec ceux dans les autres régions du monde », poursuit M. Chambers. « Les effets en territoire américain sont mesurables et négatifs, mais ils semblent bien moindres que pour d’autres régions, comme l’Afrique. »

Les pays moins développés plus touchés

En fait, si la perte de productivité moyenne a été de 21% depuis 60 ans à l’échelle mondiale, en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes, le recul oscille plutôt entre 26 et 34%. Aux États-Unis, la diminution est moindre, soit entre 5 et 15% sur la même période.

« Certaines personnes croient que les changements climatiques sont un problème distant, quelque chose qui concerne les générations futures. Mais cela ne tient pas compte du fait que les humains ont déjà changé le climat », soutient Ariel Ortiz-Bobea, de l’Université Cornell.

« En tout, notre étude révèle que les changements climatiques provoqués par l’humanité ont déjà un impact disproportionné sur les pays pauvres qui dépendent principalement de l’agriculture. Il semble que le progrès technologique ne s’est pas encore transposé en une résilience climatique plus importante. »

« Ce n’est pas une question de ce que nous pouvons faire, mais de là vers où nous nous dirigeons », ajoute M. Chambers. « Cela nous donne une idée des tendances et de ce que nous devons faire en fonction des transformations climatiques dont nous n’avons pas encore connaissance. Il est prévu que nous devions nourrir près de 10 milliards de personnes d’ici 2050, alors il est essentiel que notre productivité agricole soit non seulement maintenue, mais qu’elle augmente plus vite que jamais. »

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