Faire bouger les aînés en temps de crise

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Le coronavirus frappe plus fort les personnes âgées à la santé fragile — 80% des décès. Et autant le confinement que la distanciation sociale peuvent nuire à leur santé physique et mentale. Une récente étude franco-québécoise rappelle l’importance de l’activité physique dans ce contexte.

« Nous avons levé un drapeau rouge. Nous observons des dégradations de santé chez les personnes de plus de 65 ans, les plus vulnérables qui sont confinées, indépendamment des pays », alerte Mylène Aubertin-Leheudre, du Département des sciences de l’activité physique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

L’inactivité est la quatrième cause de mortalité dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Et de nombreuses recherches ont montré ces dernières semaines une diminution du nombre de pas effectués en raison des restrictions.  Du côté des pays européens, on observe une réduction de 7 % à 38 % de l’activité générale dès la semaine du 15 mars.

La société fitbit (qui vend des produits électroniques de suivi de l’activité physique) « a sonné l’alerte : nous sommes en train d’abîmer nos ainés. Cette immobilisation forcée occasionnera des pertes irrémédiables et il importe de les faire bouger de nouveau », poursuit la chercheuse, également associée à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM).

Impacts importants sur la santé

Mylène Aubertin-Leheudre le constate en cas d’hospitalisation: une semaine d’inactivité totale suffit pour perdre 16% de la force musculaire et 6% de la masse musculaire, une masse qui ne sera pas reprise, contrairement à ce qui arrive chez les plus jeunes.

« La perte de muscle et de force entraîne une grande difficulté à remarcher, cela va les pousser à avancer en trainant les pieds – une démarche de ski de fond – ce qui augmente le risque de chute sur les obstacles » explique la chercheure.

De plus, dans des circonstances où les personnes âgées passent 17 heures par jour et 90% du temps dans une position sédentaire – assises ou alitées – elles risquent de prendre du poids, augmentant les risques de diabète. Enfin, les périodes de forte sédentarité diminuent la capacité respiratoire et cardiaque des ainés, un facteur-clé pour survivre à la COVID-19.

C’est là que peut intervenir la gérontechnologie. Des approches de soutien des personnes âgées reposant principalement sur Internet, plus particulièrement celles visant à les faire bouger: exercices physiques en ligne ou sur un poste de télévision. « Ces technologies nous aident à communiquer avec les aînés et à les rejoindre lorsque les ressources humaines ne le peuvent pas », relève la chercheure.

Pour elle, il faut repenser le travail d’encadrement des plus fragiles en dotant les chambres d’outils de motivation au sport que sont les exercices physiques en ligne ou « exorgames ». Dans une étude pilote paru en octobre dernier, l’équipe de l’IUGM a testé de simples exercices supervisés – se lever d’une chaise, presser une balle imaginaire, soulever les pieds, etc. – qui aident à améliorer la capacité fonctionnelle d’adultes âgés hospitalisés.

Il serait donc facile d’offrir un programme adapté à chaque aîné, réalisable dans une chambre avec peu de matériel.  « C’est un peu comme une prescription de médicament. Cette séance d’activité peut se faire debout ou assis, deux à trois fois par jour, par visionnement ou avec un ergothérapeute, par écran », détaille encore Mme Aubertin-Leheudre.

À la demande du ministère québécois de la Santé, son équipe devait tester ce programme ce printemps, dans cinq hôpitaux de la province. C’est partie remise pour l’instant.

Par ailleurs, la santé publique de Montréal vient de lancer en ligne le programme Go pour bouger, élaboré avec le Centre de recherche de l’IUGM, à l’intention des personnes âgées.

Les aînés doivent bouger, c’est connu

Il s’agit d’une problématique très pertinente, particulièrement en cette période de pandémie, commente le professeur titulaire du Département de réadaptation de la Faculté de médecine le l’Université Laval, Claude H. Côté, qui n’a pas participé à ces études.

Bien qu’il trouve l’article un peu long —«  on utilise la moitié de l’espace pour nous démontrer, voire rappeler, comment l’inactivité physique chez  cette population a des effets négatifs pour la survie »—  il tombe sous le sens à ses yeux qu’il faut faire bouger les aînés fragiles.

Reste que c’est pour l’instant une pré-publication: pour démontrer que seul leur outil est celui qui permet de respecter les consignes de santé publique actuelles en lien avec la COVID-19 et en même temps qu’il peut se satisfaire du niveau de technologie et de ressources humaines en place dans ce type de résidence », il faudra que cette recherche ait été validée par les pairs, insiste encore le Pr Côté. « Elle n’est pas non plus testée en milieu de type CHSLD. Donc l’efficacité et applicabilité en milieu autre qu’hospitalier, reste à démontrer. »

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Agence Science-Presse

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