The Crown, saison 3: splendeur et misère de la monarchie

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Les saisons de la télésérie The Crown se suivent et ne se ressemblent pas. Du moins, pas tant que ça. Après deux saisons où la souveraine britannique était interprétée par Claire Foy, voilà que l’équipe de l’émission diffusée sur Netflix décide de passer à la vitesse supérieure en changeant l’ensemble de la distribution, y compris en confiant le rôle principal à Olivia Coleman. Combinée à l’évocation de diverses périodes troubles pour la couronne et le pays en entier, cette démarche donne des résultats spectaculaires.

On aurait pu croire, à l’aune des deux premières saisons de la série, que The Crown s’en tiendrait pour l’essentiel aux magnifiques visuels de ses décors, par exemple, plutôt que de s’aventurer dans les eaux troubles d’une construction scénaristique complexe et risquée. Risquée, en effet, puisqu’entre relater les faits survenus au cours des nombreuses décennies de règne d’Elizabeth II et imaginer parfois des échanges entre les membres de la famille royale, ou certains gestes posés par d’autres personnages importants de l’histoire britannique, il y a un pas qu’il pourrait être inquiétant de franchir. Cela n’avait cependant pas déjà empêché les scénaristes de tâter le terrain au cours des deux premières saisons, d’autant plus que se profilait de plus en plus un conflit de personnalités entre la reine, forcée de demeurer neutre de par sa fonction, et son conjoint, le prince Philippe, parfois sanguin, et désireux d’être davantage qu’un simple consort.

Voilà donc cette troisième saison, non seulement riche en rebondissements historiques – y compris l’envoi d’astronautes sur la Lune, sans oublier diverses crises politiques qui ont ébranlé le Royaume-Uni –, mais aussi en ondes de choc familiales. On assiste ainsi non seulement à la cristallisation de la crise de la cinquantaine du prince Philippe, mais aussi à l’éclatement du mariage de la princesse Margaret, ou encore à la grande peine d’amour du prince Charles, qui verra sa flamme, Camilla, se marier à un autre homme alors que lui-même aura été éloigné par sa famille pour éviter que le futur roi d’Angleterre ne s’entiche d’une jeune femme aux relations personnelles troubles.

Toutes ces crises, tous ces moments de doute, toutes ces remises en question font de la troisième saison de The Crown un joyau télévisuel: si le rythme était légèrement lent au début du premier épisode, les scénaristes se sont rapidement rattrapés au cours des neuf autres. Ils ont bien entendu été aidés en cela par une fantastique distribution: Olivia Coleman excelle, bien sûr, y compris lorsque vient le temps d’adopter le maniérisme, le ton de voix et la prononciation de la reine, mais que dire de Tobias Menziès dans le rôle du prince Philippe? Si Matt Smith s’en tirait fort bien au cours des deux premières saisons, on a ici droit à une profondeur de caractère encore jamais vue dans la série. Idem pour la princesse Margaret, un rôle dans le cadre duquel Helena Bonham Carter démontre tous ses talents d’actrice. À elle seule, elle représente une monarchie fatiguée, sclérosée, pratiquement névrotique.

Que dire, également, de Lord Mountbatten, le cousin de la reine qui passa bien près de lancer un coup d’État? Aurait-on pu choisir quelqu’un d’autre que l’irremplaçable Charles Dance? Le voilà qui vogue de nouveau en eaux troubles, petit sourire narquois aux lèvres, après avoir vu son personnage de Tywin Lanister mourir dans Game of Thrones.

Mention spéciale, enfin, à Josh O’Connor, qui joue un prince Charles tiraillé entre ses futures obligations et son envie de s’affranchir du carcan de la monarchie britannique.

Bien sûr, cela demeure une série télé portant sur une structure politique éculée, et racontant bien souvent la misère des gens riches et célèbres. On aurait également souhaité que cette troisième saison s’intéresse davantage au côté politique de cette époque complexe, y compris lors de cet épisode portant sur le plan pour renverser le gouvernement élu et le remplacer par une cabale de banquier et de militaires. Il convient néanmoins de rappeler que la série s’appelle bel et bien The Crown, et qu’elle perdrait probablement une bonne partie de sa saveur si elle se concentrait davantage sur les gens ordinaires que sur les tribulations de la royauté britannique.

Rendons à César ce qui lui appartient: The Crown, saison 3, est probablement la meilleure saison de la série jusqu’à maintenant, et est une véritable perle télévisuelle. On ne peut qu’espérer que la quatrième déclinaison, qui s’intéressera à Margaret Tatcher, soit aussi bonne. À voir, donc, sans attendre.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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