Inside, quand la routine occupe l’espace existentiel

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C’est vers la cinquième heure, lorsque les dragons firent leur apparition et que les pingouins mirent la main sur des armes laser, qu’Inside prit une tournure franchement déjantée. Blague à part, l’oeuvre fleuve de Dimitris Papaioannou, présentée à l’Usine C, intrigue autant qu’elle ennuie.

Dans un gigantesque appartement donnant sur la ville, des hommes et des femmes entrent, vaquent à leurs occupations, prennent une douche, mangent un morceau, puis se couchent… et le cycle recommence. L’installation, un énorme plateau à aire ouverte où les différents acteurs vont et viennent, est présentée sur un écran tout aussi imposant à l’intérieur de la salle de l’Usine C. Les spectateurs, individus externes dans cet enchevêtrement de pièces vides imbriquées les unes dans les autres qui évoque une sorte de poupée russe culturelle monstrueuse, sont installés ici et là sur des poufs, des coussins, des divans.

Car n’entre pas dans Inside qui veut. Les membres du public les plus téméraires avaient d’ailleurs retiré leurs bottes, pris leurs aises. D’une durée de six heures – rien de moins! –, l’oeuvre théâtralo-cinématographique évoque ce triplé shakespearien en néerlandais présenté au Monument-National dans le cadre du Festival TransAmériques, il y a de nombreuses années, qui s’était lui aussi étiré sur six heures. Cette fois, cependant, le contexte et le contenu de la présentation sont franchement différents.

Cette routine d’hommes et de femmes prend en effet rapidement un aspect répétitif. Si Papaioannou fait varier le nombre de protagonistes et la ville qui est affichée en arrière-plan, la structure demeure la même, encore et toujours. On aura beau se mettre à réfléchir sur le sens de la routine quotidienne, de tous ces gestes que nous effectuons de façon machinale jusqu’à ce que la mort finisse par nous transformer en poussière, impossible de ne pas avoir la désagréable impression que le présumé message transmis par le créateur de l’oeuvre aurait pu être résumé après seulement une heure, et non pas six.

Aura-t-on raté le message implicite d’Inside? Aurait-il mieux fallu assister à la présentation des médias, avant laquelle le créateur a justement consacré quelques minutes à l’explication de sa démarche, présentation à laquelle ce journaliste n’a pu se présenter en raison d’une urgence de dernière minute?

Pour les spectateurs, cependant, qui n’ont justement pas eu accès à ces explications, cette projection de six heures peut paraître particulièrement aride. D’ailleurs, certains ont quitté la salle après un peu plus d’une heure, alors que les mêmes séquences semblaient se dérouler en boucle à l’écran. Idem pour ce journaliste qui, bien qu’impressionné par la capacité des acteurs et des techniciens en coulisses de travailler de concert pour que tout se déroule sans anicroche, a fini par s’ennuyer ferme. On aurait espéré que les acteurs interagissent entre eux, échangent au moins quelques répliques. Malheureusement, il semblerait que cela n’ait pas été l’intention du créateur d’Inside. Peut-être que des dragons font effectivement leur apparition à la cinquième heure. Mais il est permis d’en douter.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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