Des armes et nous – L’enjeu du port d’arme, au-delà de l’approche manichéenne

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À chaque incident tragique impliquant une arme à feu, le débat est médusé par la «double» fonction des armes à feu de tuer son semblable et de se protéger de l’éventuel tueur. Avec Des armes et nous (2018), la documentariste Lysanne Thibodeau aborde l’enjeu critique avec nuance.

Similaire à l’enjeu du nucléaire dont la possession en centrale énergétique, en bombe atomique ou en armement pourrait nuire ou carrément exterminer la vie terrestre, ainsi qu’à l’enjeu du bipartisme en politique paralysant la démocratie représentative, l’enjeu du port d’arme consiste à permettre à un citoyen de détenir le pouvoir de vie ou de mort sur son semblable. À cela, une seconde dimension du problème vient s’ajouter, ces armes peuvent être retournées contre soi. Ainsi, si les fusillades font régulièrement la manchette aux États-Unis, 80% des morts par balles au Canada sont des suicides.

D’emblée, la documentariste défait l’argument de la National Riffle Association (NRA) en reconstituant un événement tragique survenu dans l’État du Missouri. Un homme armé a fait irruption chez une famille de chasseur, même s’il y avait plusieurs armes dans la maison qui auraient pu être utilisées pour le neutraliser, cet homme a tué avant de s’enlever la vie. La documentariste relate un second témoignage d’une mère installée à Montréal dont le fils a sombré dans les gangs de rue. Arrivé trop tard à l’urgence de l’hôpital, le jeune adulte avait succombé à ses blessures par balles.

Lysanne Thibodeau n’insiste pas sur l’impact dramatique de ces deux incidents, de sorte que ces témoignages ne se limitent pas à la mort de l’agresseur pour le premier et le besoin de se venger pour le second. À l’inverse de la panoplie de superproductions violentes du cinéma américain, tuer n’a rien de réparateur. La perte d’un proche de cette façon laisse des séquelles que les victimes traînent tout au long de leur existence. Les proches qui n’étaient pas présents, qui n’ont pas risqué leur vie, ont également des remords de ne pas avoir pu empêcher cet acte.

L’entrevue avec un «armophile» montréalais qui allonge ses nombreuses armes sur la table de sa cuisine est intéressante puisque ce sont des répliques de vraies armes. Des jeux de son enfance jusqu’à sa liaison avec sa copine qui tire mieux que lui, il explique sa fantaisie pour les armes à feu de fond en comble. Ce simulacre introduit l’imaginaire autour de la promotion du port d’arme et la différence de radicalité entre les cultures américaine et canadienne.

Avec ses images en noir et blanc, ses statistiques alarmantes et sa multitude de réflexions, Des armes et nous (2018) met de l’avant un malaise social. Ce documentaire semble ouvrir la voie à une remise en question de l’acculturation des Canadiens envers la puissance mondiale, notamment par les 274 fusillades survenues à Toronto en 2019, rapporte La Presse le 24 août.

À la Cinémathèque québécoise.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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