Répertoire des villes disparues: des revenants autrement

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À la troisième semaine de projection, les recettes du long-métrage Répertoire des villes disparues de Denis Côté ont chuté de 64% pour un total de 32 430$, d’après Cinéac. L’ajout du breloque «film de genre» au style de ce cinéaste indépendant ne lui a pas apporté le succès escompté et en fait, malheureusement… un navet.

Grange délabrée sur fond de boisé en hiver. Le film s’ouvre sur un plan de caméra naïf que le cinéaste manie à merveille. Au second plan, perché sur une branche, on nous montre l’impact d’une voiture contre des blocs de ciment. Pour compléter la trinité, la caméra s’accroche à un personnage affolé tenant une crowbar, et qui frappe les murs métalliques d’un garage au milieu de nulle part, pour libérer sa colère. Cet enchaînement de la plasticité de la matière installe une caméra jamais fixe qui bouge légèrement tout au long du film. Cette introduction rappelle l’apport cinématographique des interprétations de romans par le grand Stanley Kubrick, étant donné que Denis Côté s’est basé sur le roman de Laurence Olivier.

L’adepte du style du cinéaste va retrouver la fuite des États nordiques (2005), les engelures de Curling (2010), la région de Vic + Flo ont vu un ours (2013) et des éléments de ses autres œuvres.  Là où Denis Côté innove vraiment c’est par cette caméra incertaine qui fait ressortir la solidité, voire la dureté, du monde qu’il cherche à cerner. Il rend également le personnage de l’idiote du village jouée par Larissa Corriveau attachante. D’un film à l’autre, le flou auquel il nous a habitués semble se dissiper.

Métaphysiquement parlant, le dernier Côté c’est comme brasser son 7up pour enlever le gaz carbonique. Il sort un beau verre de verre ciselé d’une autre époque à la hauteur de son talent, il y verse la boisson sucrée qui ravigote les amateurs de série B et de querelles identitaires, puis il brasse le tout jusqu’à ce que ça devienne «flat». Blotti dans notre siège subissant ce mélange de perception des régions de Sophie Deraspe et de l’orientation horreur de Robin Aubert, on ne peut que prier la déité de notre choix en se disant intérieurement: pourquoi nous fait-il ça?

Honnêtement, on rit par moments.

Repli

«Moi, je connais quand même le milieu. Je sais d’où peuvent provenir les coups et je sais vers lequel des coins de confort je peux aller avec mon travail. Je suis assez grand pour aller dans des partys jusqu’à 3 heures du matin, puis quelqu’un fait hey, j’aimerais ça te parler. Toi, tu avais écrit quelque chose en 2002», a répondu Denis Côté à l’émission Tout le monde en parle, au sujet de sa double profession: critique et cinéaste. Assis entre Jean Leloup et Éric Lapointe, il avait été invité dans le cadre du lancement de son film Carcasse (2009).

En tant que critique, je revêts le costume de l’acteur Denis Lavant du film Boris sans Béatrice (2016) afin de mettre en garde le cinéaste pris dans les méandres de l’unheimlich à tout vent. Le critique cinéma de Pieuvre.ca, Jim Chartrand écrivait au sujet du dernier film de Lars von Trier, The House That Jack Built (2018), qu’il y évoque les caprices impardonnables d’un génie autoproclamé. Alors que la peppée Rebecca Makonnen et l’articulé Marc Cassivi enterraient Gaspar Noé par leur critique du film Climax (2018) à l’émission Esprit critique du 10 mars.

Ne joins pas ces cinéastes danois et italo-argentin en perte de souffle. Tu es né au Nouveau-Brunswick et diplômé du collège Ahuntsic, ne l’oublie pas.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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