Sorry to Bother You – Centre d’appel en folie

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Quand un téléphoniste vous appelle pour un sondage ou une vente, il vous imagine au bout du fil. Vous, imaginez-vous à quoi ressemble le centre d’appel en retour? Dans la comédie Sorry to Bother You projetée au Cinéma du Parc, le réalisateur Boots Riley place le poste de téléphoniste au centre d’une critique sociale des États-Unis et peut-être du monde entier. 

À Oakland en Californie, Cassius Green est un jeune adulte cassé au point de vivre dans le garage de son oncle qui lui a offert une voiture rafistolée. Il vit une relation amoureuse avec Detroit, une artiste engagée d’art visuel. À part cela, il s’agit du héros universel ou de l’antihéros contemporain auquel on peut facilement s’identifier, du moins situer. Il obtient un poste de téléphoniste accessible à tous parce qu’exigeant peu de qualifications. Un héros indifférencié qui évolue dans un contexte générique, une mise en abyme drôlement subversive!

À ses premiers appels, afin d’illustrer le malaise de déranger les gens dans leur intimité, c’est son bureau qui se déplace carrément dans le lieu où se trouve son interlocuteur. Bien qu’il obéisse aux au commandement S.T.T.S. (Stick to the Script) ou «se contenter de lire ce qui est inscrit à l’écran de son ordinateur», il n’arrive pas à faire allumer l’ampoule de son bureau désignant une vente. Tel un vieux sage, son collègue joué par Danny Glover lui donne le truc d’employer «la voix de Blanc». Il change pour un timbre plus aigu et la gloire clignote.

Tous ceux qui ont cumulé les petits boulots dans le monde du service à la clientèle pendant leurs études ou simplement pour survivre retrouveront une caricature de leurs superviseurs favoris dans le duo du rez-de-chaussée. Le premier a pris le temps d’élaborer des métaphores marquantes pour souligner des gestes simples, alors que la seconde érotise l’ascension dans l’entreprise. Cassius monte aux niveaux supérieurs au même moment où ses collègues font la grève dans le but de se syndiquer pour obtenir de meilleures conditions de travail.

Manifestants, policiers, médias, émissions télévisées, président du conseil d’administration : tout passe au hachoir dans cette comédie.

L’absence de version française ne devrait pas rebuter le spectateur qui ne maîtrise pas la langue des affaires puisque le scénario est simple. De plus, le réalisateur met en place un langage visuel surréel qui s’adresse à l’œil.

Trois pouces en l’air!!!


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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