Séance télé – Mr. Robot, ou la peur au temps du numérique

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Quelques jours après la parution de la bande-annonce de sa troisième saison, le moment est idéal de se plonger, ou replonger, dans Mr. Robot, une étrange télésérie mélangeant piratage informatique, jeux de pouvoir et chaos finement orchestré.

Elliot Alderson est un pirate informatique. Particulièrement à l’aise avec les ordinateurs, il peut, en deux temps, trois mouvements, forcer des protections numériques et s’infiltrer dans les systèmes les mieux protégés.

Elliot Alderson est également un révolutionnaire dans l’âme. Déterminé à lutter contre la puissance grandissante d’E Corp., facilement renommée Evil Corp par ses détracteurs, le jeune homme se joint à un groupe de justiciers du numérique, la fsociety, pour orchestrer un coup monumental contre l’entreprise: crypter toutes les données de la compagnie liées aux cartes de crédit. Et comme E Corp. est une multinationale offrant entre autres d’importants services bancaires, un piratage réussi fera disparaître les dettes contractées par les petits, mais aussi les grands emprunteurs.

S’il est difficile de trop s’aventurer dans les rebondissements scénaristiques et la critique des épisodes de la fin de la première saison, ou encore de la deuxième saison sans plonger franchement en territoire de divulgâchage, il est toutefois possible d’établir quelques comparaisons utiles pour déterminer si la série vaut ou non le coup d’être vue.

En s’aventurant à évaluer Mr. Robot à l’aune des séries qui ont pu influencer l’oeuvre de Sam Esmail, force est d’admettre que la télésérie offre plusieurs bons, voire excellents moments. La tension lorsque vient le temps, pour notre héros ou ses comparses, de s’infiltrer dans un système informatique particulièrement retors; la véracité des codes montrés à l’écran pour expliquer la complexité du piratage et de l’univers numérique, ou encore le réalisme de la vie de pirate, Elliot et ses compagnons travaillant à partir d’une arcade désafectée de Coney Island, plutôt que dans de grands bureaux vitrés, bien installés devant des ordinateurs hors de prix…

Le hic, c’est que Mr. Robot et ses créateurs ont tendance à franchement forcer la dose lorsque vient le temps de plancher sur le scénario. Avec une « méchante » compagnie qui ressemble à s’y méprendre à un mélange d’Enron et de Microsoft, un héros socialement mésadapté (et le mot est faible) aux expressions faciales quasi-inexistantes qui finira par avoir des visions et un groupe de justiciers du numérique aux motivations s’appuyant sur du vide, Mr. Robot fait un peu penser à un adolescent qui vient de découvrir l’existentialisme. « Les gens sont des moutons! » « Nous portons des masques! » « Le capitalisme domine la société! » Autant d’affirmations donnant un peu l’impression que les créateurs en ont fumé du bon. De quoi s’ennuyer du délirant Hackers.

Pourtant, Mr. Robot a de très bons moments. Si l’on fait abstraction de l’intrigue entourant le personnage principal, les motivations sous-tendant la tentative de piratage contre E Corp. et les machinations politiques qui entourent ces dernières sont franchement fascinantes. On prendrait d’ailleurs moins de pseudo-questionnements existentiels et davantage de tractations entre les puissants de ce monde.

Faut-il écouter Mr. Robot? Certainement pas à tout prix. La série laisse franchement à désirer, et finira souvent par se transformer en bruit de fond potentiellement indésirable. Mais en l’absence d’une vraie série à saveur politique – et on ne parle pas ici de la médiocre cinquième saison de House of Cards -, Mr. Robot représente une alternative qui a au moins le mérite de faire passer le temps.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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