Cinéma – La communauté: ode à l’existence

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À l’intérieur d’une maison massive, le cinéaste danois Thomas Vinterberg (La chasse (2012)) met en scène une dynamique de groupe en suspens dans le temps. La communauté (2016) sera à l’affiche au Québec dès le 30 juin.

Un professeur d’architecture rationnelle hérite de la maison de son enfance à la suite du décès de son père. Sa femme, chef d’antenne de téléjournal, contacte un parent « de gauche » aux antipodes de son mari pour transformer cette grande maison en commune. Avec leur fille de 14 ans, le quatuor font des entrevues pour trouver leurs futurs colocataires. Chez le notaire, l’héritier lègue la maison au groupe. Voilà, la situation initiale est plantée de façon abrupte comme on a l’habitude de le voir dans le cinéma danois.

Il s’agit d’un film de famille « élargie » où on introduit plusieurs personnages plus ou moins éclectiques dans le même lieu, dont le dénouement se construit à travers leurs interactions. Pour tisser ces liens, le cinéaste n’utilise pas la fantaisie de Wes Anderson ni le surréalisme d’André Forcier, il puise plutôt dans l’existentialisme du philosophe danois Søren Kierkegaard, notamment l’essai In vino veritas (1845) dans lequel le philosophe décrit une rencontre entre amis. À un moment, le cinéaste s’écarte du groupe pour se centrer sur le couple, mais c’est pour mieux revenir. Il ne reproduit pas l’erreur du film L’auberge espagnole (2002) où le genre de famille « élargie » n’est qu’une devanture à une histoire de couchette… qui éclipse la merveilleuse ville de Barcelone (!).

Nous sommes à Copenhague et dans les environs, ça c’est certain ! À l’inverse des expérimentations du cinéaste Lars von Trier, dont le film Les idiots (1998) qui est également une oeuvre de famille « élargie », le style du cinéaste est plus conservateur. À l’aide de quelques références aux années 1970 par la musique, les vêtements et les coupes de cheveux, il aborde le thème de la commune chère à cette culture en prenant bien soin de laisser le spectateur y adhérer en fermant la porte derrière lui. Il tourne les coins ronds pour ne pas nous perdre dans les méandres de la tragi-comédie et garder l’unité du film. Les membres de la commune ne marquent leur présence que par quelques instants bien choisis, alors que la psychologie du trio initial est plus ancrée.

Les professions de professeur d’architecture et chef d’antenne de téléjournal ne sont pas anodines. Elles ne font pas que déterminer la fonction qu’occupent les personnages dans leur société, mais conditionnent leur être ainsi que leur mode d’interaction avec les autres. La structure du film est celle de l’individu par rapport à son couple, par rapport à son enfant et par rapport à la commune en tant que microcosme de la société. Ainsi, ce n’est pas un film sur une commune hippie rétro, plutôt sur la nature des interactions sociales.

Ce méli-mélo existentialiste est fascinant. Lorsqu’Erik est attiré par son étudiante, on a vivement l’impression qu’il est attiré par sa jeunesse via le contexte. Certains spectateurs aguerris y retrouveront, via la trame narrative, les fameuses Scènes de la vie conjugale (1973) du cinéaste suédois Ingmar Bergman.

Un aller-retour au Danemark pour une douzaine de dollars, pourquoi ne pas prendre cette bouffée d’air nordique !

La communauté (2016) sortira en salles le 30 juin.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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