Les héros: espoirs indéracinables

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Nathalie Lessard

À quelques jours des festivités de Noël, le Théâtre Jean Duceppe aborde le quotidien de trois vétérans croupissant dans un hospice pour anciens combattants, trois héros en quête d’une fin de vie meilleure, hors de ces murs, là où souffle un vent plus doux.

Août 1959, sur la terrasse arrière de leur « prison pour vieux », on rejoint trois vétérans de la Première Guerre : Gustave (Guy Mignault), meneur, grognon, colérique et mythomane; Philippe (Marc Legault), le petit frêle consensuel qui s’évanouit sans cesse à cause d’un éclat d’obus logé dans son crâne, et Henri (Michel Dumont) le vieux garçon candide et optimiste. Pour tromper l’ennui, le trio s’isole des autres pensionnaires, se lamente de ses conditions, maudit l’infirmière marâtre, se cherche des poux continuellement et… élabore un plan pour s’évader de son couloir de la mort. Mieux vaut fuir là-bas, là-haut, et aller se bercer sous les peupliers, que barboter dans cette routine crasse et monotone « chambre-terrasse-sieste-potage tiédasse-dodo »jusqu’à pourrir et mourir.

Sur leur terrasse-royaume avec vue sur cimetière (leur prochain domicile), les trois comparses discutent de tous les thèmes qui touchent leur génération : leur passé au front, le présent (du moins, ce qu’il en reste), leur jeunesse évanouie, leurs maladies de « pépères », leur nouvelle famille reconstituée (à défaut de la vraie), leur décrépitude, leur mort imminente, les deuils, les femmes, la séduction, l’humour… le tout sur fond d’espoir d’une fin de vie plus paisible. Un peu de repos avant le Grand repos.

Campée dans un décor bucolique, la pièce esquisse un tableau de la situation parfois pathétique de la misère des « Vieux », mais aborde aussi l’importance de rêver, de trouver une raison, si infime soit-elle, de mordre dans la vie et d’assumer la vieillesse dans une vision plus sereine que celle proposée par la société. Si la distribution complice s’amuse ferme et fait rire un public déjà conquis, l’œuvre recèle malheureusement de nombreuses failles. La production, à laquelle la mise en scène épurée de Monique Duceppe administre une bonne dose de tendresse et de nostalgie, demeure truffée de blagues clichées, de dialogues qui tournent en rond et de simagrées insignifiantes. Notre intérêt se dissipe vite. Heureusement, le talent et la complicité des trois vétérans du jeu – qui ont parfaitement la tête de l’emploi – rendent l’expérience, dirons-nous, d’un ennui un peu moins… mortel. Qu’à cela ne tienne, on peut toujours les laisser rêver et vivre… jusqu’au bout.

La pièce est présentée chez Duceppe jusqu’au 14 février.

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