Design polonais dans le paysage londonien

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René-Maxime Parent

Le Brexit aura-t-il pour effet de nuire ou de ralentir l’intégration de la communauté polonaise au Royaume-Uni, ou incitera-t-il ses membres à s’intégrer davantage en faisant la demande de citoyenneté? Designer graphique d’origine polonaise, Joanna Kozack décrit le commerce polonais comme un repère identitaire dans The Calvert Journal du 14 août.

Un aliment en particulier, une saveur spéciale ou une odeur: ce sont les petites choses qui nous manquent lorsque nous vivons à l’étranger. À Londres, cela se voit par l’apparition de tous les commerces polonais depuis 2004, l’année où la Pologne a rejoint l’Union européenne. Sur ses étagères, il y a de la nourriture, de l’alcool et des épices traditionnelles, ainsi que des cosmétiques et des journaux. Ces lieux resserrent la communauté en lui fournissant un service de transfert d’argent, un babillard avec des offres d’emplois et des informations sur les autres endroits fréquentés par les Polonais.

Peu importe le quartier dans lequel les commerces polonais se trouvent, leur aspect visuel se démarque par une esthétique voyante renvoyant à l’histoire de la Pologne. Au tournant de l’année 1989, la transition économique et politique a fait passer l’apparence des commerces du gris uniforme de la période communiste à une approche libre de l’espace public. Les Polonais ont voulu ajouter plus de couleur dans leur environnement en peignant des édifices pastel et en rendant le lettrage des enseignes plus agressif visuellement, par l’adoption d’une typographie vernaculaire nommée TypoPolo, explique la designer.

« Tout le monde peut être celui qu’il veut être et où tout est possible », lit-on sur le site du Musée d’art moderne de Varsovie, au sujet de l’état d’esprit du tournant historique. Le style TypoPolo combine ce qu’il y a de pire et ce qu’il y a de mieux dans le graphisme appliqué en Pologne. D’un côté, il s’agit de la manifestation du kitsch, de l’amateurisme et de la grossièreté, et d’un autre côté, d’une authenticité incorporante, sans astuce et qui va droit au but.

À Londres, le style TypoPolo amène à imaginer le pays d’origine à l’aide de quelques éléments-clés: les couleurs rouge et blanche qui rappellent le drapeau national, souvent suivi du blason, les noms en référence à l’histoire, et la plupart du temps, des décorations en vinyle dans les fenêtres, a observé la designer. À cela, s’ajoutent les étalages de saucisses, de pains, de jambons, de gâteaux, d’alcool et d’autres spécialités dans la vitrine. Les petits collants affichant des traductions en langue anglaise aident à entrer en contact avec un autre public, qui n’est pas Polonais. Les autres enseignes, écrites à la main ou décoratives, ajoutent à la complexité sémiotique.

Ces commerces reflètent l’histoire des immigrants polonais à Londres après 2004. L’histoire d’une adaptation lente en tentant de préserver son identité nationale, poursuit la designer. Ils représentent la classe de travailleurs menée par les pressions économiques pour se rendre à l’étranger, en quête de succès.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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