La Fête sauvage, le grand cri dans la nuit

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Spectacle-monument, ode à un Québec indépendant, mais surtout à un Québec intelligent, La Fête sauvage transpose en musique les coups de coeur et les coups de gueule d’une dizaine d’artistes qui ont envie de célébrer le maudit gros bons sens, et surtout le simple plaisir d’exister dans une société ouverte et imaginative.

Sur la scène du minuscule Théâtre de Quat’Sous, on commence à se marcher sur les pieds. Comme précédemment mentionné, ils sont près d’une dizaine, sous la direction de Véronique Côté, à s’être commis qui dans des chansons, qui dans des poèmes, ou simplement dans des monologues. Exercice potentiellement périlleux pour des auteurs habitués à faire déclamer leurs écrits par d’autres.

« Fêter sauvagement, furieusement, sans cynisme et sans pudeur », lit-on dans le programme de la soirée. Et sur des accords parfois doux, parfois endiablés, c’est exactement ce que feront les comédiens, joyeusement accompagnés par le public. Tout y passe: l’austérité gouvernementale, le nivellement par le bas, la lutte à l’intellectualisme, la destruction de la planète, mais aussi le snobisme gogauche, ou encore la machine bureaucratique. Rap, slam, rock, balade… les styles se multiplient, tout comme les messages. On sent néanmoins une bonne humeur fédératrice parmi les artistes. Après tout, c’est la fête, non?

On s’attendait peut-être à une oeuvre contestatrice, voire militante ou encore radicale. Le ton est revendicateur, certes, mais l’on réclame surtout le fait de bien vivre, de vivre en paix, mais aussi de vivre pleinement. Pas de bungalow avec piscine hors-terre à proximité du Quartier Dix30, ou de condo en carton sur le Plateau. La vraie vie, la belle vie, la maudite vie. La danse, la joie, la baise, le party. Le maudit party, parce qu’il faut s’affirmer et continuer à se démarquer pour espérer exister, 400 ans après l’arrivée des premiers colons français en terres nord-américaines.

Parlons-en, d’ailleurs, de cette colonisation. L’un des clous de la soirée fut certainement les deux monologues de Sarah Berthiaume, transformée pour l’occasion en Fille du roy fraîchement débarquée au pays. Un humour grinçant, parfait pour un public qui a bien besoin de lâcher du lest, en cette époque de profonde morosité.

C’est d’ailleurs là l’un des grands accomplissements de cette Fête sauvage: nous rappeler qu’il existe un autre Québec, une autre vie que celle de l’ordinaire beige et gris, une autre solution que le Black Friday et La Voix, bien lobotomisé dans son salon.

La Fête sauvage est un exutoire. Un exutoire jouissif, une façon d’envoyer promener tous ses tracas pour rallumer la flamme qui a disparu depuis longtemps de l’imaginaire collectif québécois. Parce qu’il faut affirmer notre multitude, mais aussi notre volonté de vivre, d’explorer, de comprendre, d’expérimenter. À quoi bon emprunter la banale ligne droite, quand les zigzags sont bien plus excitants?

La Fête sauvage, présenté au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 18 décembre. Mise en scène de Véronique Côté. Textes de Véronique Côté, Sarah Berthiaume, Joëlle Bond, Steve Gagnon, Mathieu Gosselin, Justin Laramée, Hugo Latulippe et Francis Monty. Musique de Chloé Lacasse et Benoit Landry.04

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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