Séance cinéma – Les Affaires étrangères dans tout leur ordinaire

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Tandis que le ministre canadien des Affaires étrangères Stéphane Dion surprend agréablement en réclamant davantage de documents écrits dans la langue de Molière, il fait bon de rappeler que la diplomatie internationale n’est pas toujours affaire de haut vol. Le film Quai d’Orsay, du nom du siège des Affaires étrangères françaises, à Paris, se charge de nous le rappeler.

Engagé pour s’occuper « des langages », le jeune Arthur Vlaminck (Raphaël Personnaz), fraîchement diplômé de l’ÉNA, va découvrir que les Affaires étrangères impliquent beaucoup de paperasse, de discussions, de philosophie politique, mais peu d’action. Sous la gouverne d’un ministre qui gère la diplomatie française à la petite semaine (Thierry Lhermitte, parfaitement dans son élément), ce nouveau fonctionnaire devra se taper réécriture sur réécriture du discours que devra prononcer le ministre aux Nations unies.

En ce sens, Quai d’Orsay fait bien sûr penser à Bunker, le cirque, la trop courte télésérie radio-canadienne sur le fonctionnement de la machine gouvernementale québécoise. Le cynisme et la satire sont toutefois moins présents, et c’est là où le long-métrage du réalisateur Bertrand Tavernier surprend. On valse constamment entre l’humour et le côté plus sérieux des relations diplomatiques. Le passage où le chef de cabinet (Niels Arestrup, la véritable éminence grise du film) doit régler une situation pouvant éventuellement mener à un conflit armé est tout à fait réaliste et prenante. De l’autre côté, la manie qu’a le ministre à déclamer des citations quelque peu ridicules et à tout passer au surligneur jaune fait sourire, voire rire.

Et donc, Quai d’Orsay, comédie, satire, regard cynique sur la politique, la diplomatie, ou encore le travail gouvernemental en général? Un peu de tout, sans doute, mais surtout un point de vue frais sur la subtilité dans l’humour. Aucun trait grossier, ici, ou de mises en situation rocambolesques donnant lieu à des cabrioles et autres farandoles qui lassent après cinq minutes. En même temps, il ne s’agit pas d’un thriller politique ou d’un drame où la sécurité nationale est en jeu et où les protagonistes courent dans tous les sens pour sauver la fille ou sauver le monde. Non, il s’agit d’un film à saveur humoristique, mais surtout à saveur véridique sur le monde des relations internationales. Souvent ordinaire, constituée de paperasse, de tractations bureaucratiques et autres petits tracas, la vie d’un rédacteur de discours ne diffère pas beaucoup de celle de n’importe quel travailleur de bureau.

À voir, donc, et à apprécier pour ce changement de rythme fort intéressant. Ou ne serait-ce que parce que le tout est majoritairement tourné au véritable Quai d’Orsay, avec ses salles magnifiques.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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