Une raclette: débauche et délire

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Proposez un thème aux Chiens de Navarres et attendez-vous à tout, mais vraiment à tout. Du 23 au 26 septembre, l’Usine C accueille le turbulent collectif et son projet fou, libre et insolent Une raclette. Tsunami d’imprévisibilités.

Avant même d’amorcer le spectacle, cinq des huit acteurs de la meute sont déjà attablés. On rigole, on déconne. Plutôt sympa, à l’instar du décor sobre. L’un apostrophe le public pendant que l’autre s’amuse à glisser sur une peau de banane, encouragé par les rires gras de ses potes. On se demande à quoi tout ça rime, mais une fois que ça part en vrille, impossible d’arrêter ces chiens fous. Entartrage du barbu, appel des présences chez les spectateurs, histoire hilarante en langage signé à propos d’un certain Pierre Jackson au destin tragique (il finit coupé en morceaux)…la table est mise avant la première gorgée d’apéro.

La veille du Nouvel An, huit voisins de copropriété se réunissent autour d’une raclette. Pour discuter. Pour causer de tout et de rien (déco, vacances, vin, animaux, chômage, famille, voitures, famine, guerre civile) : une soirée tout ce qu’il y a de plus normale entre Français râleurs. Or, le souper arrosé de punch aux oranges gigantesques dont personne ne fait de cas dégénère, faisant place à une succession de délires grotesques, inélégants et désopilants. Très fort!

L’efficace montée en crescendo finit par déborder de partout. Depuis le clown humanitaire qui fait pleurer les convives jusqu’à la partouze ultime dans le fromage, en passant par un duel à l’épée opposant un homme à une armure (bain de faux sang inclus), un champignon dansant et un carotte violeuse, la tablée disjoncte. Plus tard, ni la chute des projecteurs et des rideaux ni la baise sauvage entre deux convives sur la table n’empêcheront les autres de poursuivre leur souper aux conversations banales. Moment fort : le (très long et très chiant) récit didactique du barbu au sujet de la randonnée pédestre. Belle improvisation. Si la passion de l’hôte pour les chaussures Salomon, les chaussettes technofibrées, le volume de sueur des pieds et le magazine RandoMag emmerde ses invités pendant plus de 15 minutes, elle fait se tordre les spectateurs qui, déjà repus, auront droit à encore plus de désinvolture, car après tout, c’est la nouvelle année et la troupe en rajoute (tant qu’à y être). Pourquoi pas un crâne qui fait une pipe à un homme trop ivre dont on répand le vomi partout sur scène? Ou des acteurs nus affublés de masques de vieillards qui se serrent la bite? Ou une période de questions post-spectacle… à l’hélium? Une fin de soirée tout ce qu’il y a de plus normale, quoi.

On vous aura prévenu. Autour d’une bonne raclette, tout peut arriver… et tout arrive. À voir pour son côté complètement déjanté, du 23 au 26 septembre à l’Usine C.

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