Sous le signe de l’évolution avec Passeport pour l’Univers et Femmes d’impact

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Ce lundi, le Planétarium Rio Tinto Alcan, en collaboration avec Espace pour la vie, nous présentait non pas une, mais deux œuvres qui s’insèrent dans la thématique de la programmation annuelle (Tracez l’histoire de l’évolution) et qui invitent à un questionnement, notamment en ce qui a trait à la place de la femme dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STIM).

Dévoilé ce lundi, Passeport pour l’Univers, est le film qui sera à l’affiche dès le 11 avril au Planétarium Rio Tinto Alcan. Œuvre immersive présentée sous le dôme en version 360⁰, elle a d’abord vu le jour en 2005. En effet, Passeport pour l’Univers est une création originale de l’American Museum of Natural History de New York en collaboration avec la NASA, qui a brillamment été remastérisée en 2017, grâce à la contribution de la California Academy of Sciences de San Francisco. À travers les dernières données et images astronomiques, le spectateur effectue un voyage au cœur de l’univers en constante évolution.

Olivier Hernandez en entrevue. Photo: Stéphane Vaillancourt

Si ce spectacle est ancré dans la thématique annuelle portant sur l’histoire de l’évolution, celle qui est présentée à l’écran ne s’attarde pas tant au vivant, telle qu’on la connaît avec la théorie de Darwin. D’un point de vue astronomique, l’évolution est beaucoup plus large et intemporelle que l’évolution de l’être humain. « Elle couvre 10 milliards d’années de plus! », a déclaré Olivier Hernandez, directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan.

Avec la voix d’Anne Dorval pour la version française, ce vertigineux voyage nous fait prendre conscience de notre place (infiniment petite!) dans un univers que les scientifiques tentent de déchiffrer depuis l’Antiquité. D’une durée de 18 minutes, ce film n’a rien d’un documentaire aride et au contraire, il pousse au questionnement et à la contemplation.

Femmes d’impact, une prise de parole par l’art

De concert avec la présentation de ce film était dévoilée l’exposition Femmes d’impact de l’artiste Bettina Forget, une ode visuelle aux femmes de sciences souvent méconnues. Cette artiste amatrice d’astronomie a réalisé une série de croquis de cratères lunaires, mais pas n’importe lesquels: ceux qui ont été nommés d’après des femmes scientifiques, c’est-à-dire un nombre infiniment petit par rapport à la totalité de ces dépressions à la surface de la Lune.

Cette exposition vise à attirer l’attention du public sur la disparité entre les cratères désignés d’après des personnalités masculines et féminines et, par extension, le déséquilibre de la place occupée par les femmes en sciences.

Invitée par le Planétarium Rio Tinto Alcan et plus spécifiquement par Olivier Hernandez, qu’elle avait déjà eu le plaisir de côtoyer durant sa résidence d’artiste à l’Observatoire du Mont-Mégantic, Bettina Forget a été ravie et honorée par cette invitation personnelle, expliquant qu’Olivier Hernandez « est un grand amateur d’art et [qu’] il offre beaucoup de soutien aux femmes et plus particulièrement dans le domaine des STIM ». Si le sujet de cette exposition est un projet sur lequel elle travaille depuis 2015, celui-ci s’insérait parfaitement dans la tangente prise par le Planétarium.

Bettina Forget. Photo: Stéphane Vaillancourt

En entrevue, Bettina Forget a raconté avoir passé beaucoup de temps à observer la Lune et à consulter les atlas lunaires, après quoi elle a commencé à s’intéresser à la nomenclature des cratères, tous nommés d’après des personnes… mais pratiquement jamais des femmes. Elle espère vivement que cette exposition encouragera les gens à se poser des questions et à se demander que signifie cette si petite place accordée aux femmes dans le monde des sciences. En outre, elle serait fort heureuse si ce projet avait pour répercussion d’« encourager les gens à être plus conscients de ce déséquilibre des genres dans le domaine des STIM ».

Place aux femmes en sciences avec le Planétarium Rio Tinto Alcan

Les chiffrent ne trompent pas: les femmes dans les STIM comptent pour 28 % de la présence mondiale dans ce milieu, tandis qu’au Canada, avec un maigre 20 %, on assiste à une sous-représentation des femmes dans ces domaines.

Pour Olivier Hernandez, le directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan, il est grand temps de trouver des solutions plus permanentes à cette sous-représentation. En entrevue, il a expliqué que « depuis le lancement de la baladodiffusion 20% de l’Acfas sur la présence des femmes en sciences, je me suis dit qu’il fallait vraiment qu’on fasse quelque chose pour casser cette sous-représentation et l’exposition de Bettina, ce serait une bonne chose comme première approche pour déjà démontrer qu’il y a un problème ».

Il a connu cette artiste passionnée d’astronomie lorsqu’il était directeur des opérations de l’Observatoire du Mont-Mégantic. Et en collaboration avec le Centre d’exposition de l’Université de Montréal, ils avaient lancé un programme de résidence d’artistes auquel Bettina Forget a participé. À ses yeux, la série Femmes d’impact illustre bien ce problème de sous-représentation de la femme dans les sciences.

Par ailleurs, Olivier Hernandez a expliqué qu’il travaille également avec l’association CodElle et leur offre les locaux du Planétarium afin que les filles puissent venir coder un dimanche par mois, en compagnie de professeurs bénévoles. De plus, à partir du 25 mai, des cours de programmation seront offerts à tous, mais il y aura des ateliers offerts en exclusivité aux filles qui pourront s’exercer avec des animatrices. Et finalement, le Planétarium Rio Tinto Alcan sera partenaire de la Conférence des femmes en physique Canada qui a lieu cette année en juin à Montréal.

Il ne s’agit que d’un petit pas pour la femme, mais d’un grand pas pour l’humanité.

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Passeport pour l’Univers et Femmes d’impact seront présentés au Planétarium Rio Tinto Alcan jusqu’au 31 décembre 2019.


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À propos du journaliste

Émilie Plante

Rédactrice web, geek au tempérament artiste, Émilie est une touche-à- tout qui carbure au café et aux activités culturelles. Éternelle étudiante, elle détient un baccalauréat en histoire de l’art, une maîtrise en muséologie, a quelques cours en communication et en gestion derrière la cravate ainsi qu’un doctorat honorifique en « flattage » de chats. Depuis 2009, elle écrit pour des blogues d’entreprises ou des sites traitant de sujets divers (univers geek, communication, féminisme, musique techno, technologies) et est journaliste culturelle depuis plusieurs années. Ses sujets de prédilection sont le cinéma, la danse contemporaine, les arts visuels, la muséologie et… sans doute aussi les chats.

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