Post Humains à l’Espace Libre – Protubérance mécanique à apprivoiser

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Au festival d’arts vivants OFFTA en 2017, l’actrice dramaturge Dominique Leclerc et son conjoint, le journaliste allemand Dennis Kastrup, se sont chacun fait implanter une micropuce RFID contenant leur certificat de mariage dans la main, devant public. Le premier couple cyborg du Québec est de retour au théâtre dans la pièce Post Humains à l’Espace Libre du 30 janvier au 9 février.

Au centre de la scène et devant un décor relativement minimaliste, Dominique Leclerc est l’héroïne de cette épopée contemporaine d’une durée de deux heures, sans entracte. D’emblée, elle nous fait part de son diagnostic de diabète, qui modifie son existence puisqu’elle doit désormais être à l’écoute de son corps et mesurer plusieurs fois par jour le taux de sucre dans son sang. Bref, son existence est liée à un petit appareil de la même taille qu’un téléphone cellulaire. Par un tour de passe-passe, d’un objet à l’autre, l’aventure commence par une recherche via Google de remèdes au diabète, ne serait-ce que pour dissimuler le lecteur de glycémie sous la peau.

Avant le commencement de la pièce, les spectateurs sont invités à déambuler sur scène afin d’inscrire son plus grand deuil sur un Post-it ou contempler un affichage de feuilles d’imprimante sur lesquelles sont inscrits des moments-clés datés pour le post-humanisme, dont la première transfusion sanguine. Puis des boîtes à rangement disposées telles les cases d’un graphique occupent l’ensemble de la superficie du plancher. Au fil de la pièce, on comprendra que plus la technologie se concentre dans quelques appareils comme un ordinateur portatif, plus les autres objets de notre logement perdent leur fonctionnalité au point de devenir des artéfacts du souvenir qu’ils portent.

Le couple n’est pas seul sur scène, ils sont dédoublés en quelque sorte des acteurs Didier Lucien et Édith Paquet. Tous deux doués d’omniscience, cela se manifeste par des apparitions au grand écran pour l’un et à une supervision à partir d’un bureau situé en marge pour l’autre. Le second duo vient clarifier les notions complexes et aboutir la transposition scénique de quatre années de recherche sur le transhumanisme, dont des extraits d’entrevues à un événement de cyborg et l’essai d’une combinaison qui fait vieillir le corps, c’est-à-dire qui donne l’impression d’avoir un corps de personne âgée, en Allemagne.

Se faire insérer un aimant dans un doigt fait de nous un cyborg, se justifiant par la division de la conscience et du corps de l’individu au point de soumettre la deuxième moitié, appelée «sac de viande», aux besoins de la première. Cependant, l’héroïne n’emprunte pas l’autobahn dans sa quête, optant plutôt pour le chemin de campagne afin de soulever des questions éthiques. Maladie, handicap ou limitation quelconque : corriger l’anomalie est une réaction normale, mais ce qui l’est un peu moins est l’idéalisation de cette perfection corporelle à atteindre.

Si de chaque côté de l’Atlantique l’objectif est de remettre en question la distance entre l’humain et la machine, les génies de la Silicon Valley se mettent au diapason du capitalisme tandis que la tendance européenne se dessine autrement : genre neutre de la langue allemande, réforme luthérienne, etc.

Peut-être que dans le futur, on voudra faire renaître le menuisier dont la déformation professionnelle lui permettait de mesurer une distance sans instruments de mesure… et se lasser d’une énième Greta Garbo, que le seul moyen d’oublier ses complexes revienne à ressembler au même modèle de diva.

Une pièce bien rafistolée et comique!

Post Humains est présentée à l’Espace Libre du 30 janvier au 9 février.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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