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Il s’appelle Bashir, il vient de l’étranger, ou plutôt de l’Étranger, avec un E majuscule. Et 15 ans après la création de la pièce d’Évelyne de la Chenelière, l’oeuvre remonte sur les planches du Théâtre d’Aujourd’hui dans un contexte sociopolitique particulièrement chargé.

Ce spectacle, je l’avais manqué de peu la saison dernière à l’Espace Libre. Et avant aux Écuries. Je n’étais pas dûe, comme le dit le proverbe. Lorsque je l’ai vu réapparaître dans la programmation du 375e de Montréal au Théâtre d’Aujourd’hui, j’ai sauté sur l’occasion. C’est donc avec un certain énervement que je me suis assise dans la salle, prête à surfer sur La vague parfaite.

Sur scène, quatre adultes, quatre représentations de ce début de l’âge de raison, quatre témoins de la modernité. Dans leurs bouches, dans nos oreilles, l’écho rageur d’une génération d’écrivains et d’auteurs qui brûlent de prendre leur place, d’exprimer leurs peines, leurs envies, leur rage, leur désir.

Toccate et fugue, c’est l’histoire d’un party qui ne lèvera jamais. C’est l’histoire de Caro, Daniel, Élise, Guillaume, Félix et d’une invitée à qui personne ne s’attendait et qui vient tout bousculer. C’est l’histoire d’une dérape qui montre ce qui peut arriver à l’humain lorsque l’instinct reprend ses droits.

Le silence. C’est ainsi que la pièce débute. Un dimanche silence, c’est ainsi qu’ils l’appellent. Ce dimanche-là n’est que le début d’une succession de jours où beaucoup de mots s’enchainent les uns après les autres. Mais pour dire quoi?

Samedi, c’était au tour de Chienne(s) d’attirer l’attention des spectateurs du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Création complice entre Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent, il s’agit de leur troisième collaboration. Elles ont fondé ensemble le Théâtre de l’Affamé qui viennent d’ailleurs de présenter leur quatrième pièce en chantier dans le cadre du festival Zone Homa. Le titre: Guérilla de l’ordinaire. Voici donc ma rencontre avec une guerrière.

Le festival dramaturgies en dialogue a lieu du 25 au 31 août au Centre du Théâtre d’aujourd’hui. C’est l’occasion de découvrir des textes dramatiques d’ici et d’ailleurs dans une lecture publique; les acteurs lisent la pièce, texte en main, et livrent aux spectateurs une performance avec intentions. Les mots prennent la place qu’ils méritent et permettent au public d’entendre des pièces souvent jamais lues. Sans mise en scène, sans décors, sans costumes.

« L’éternel retour est une idée mystérieuse et, avec elle, Nietzsche a mis bien des philosophes dans l’embarras: penser qu’un jour tout se répétera comme nous l’avons déjà vécu et que même cette répétition se répétera encore indéfiniment ! » C’est sur cette phrase marquée par le concept de l’éternel retour que Milan Kundera introduit L’insoutenable légèreté de l’être. Nombre de récits, d’histoires, de mythes peuplent notre imaginaire collectif d’une pléthore de variations plus ou moins optimistes sur l’idée de cette réincarnation, de cette résurrection différée, de ce retour implacable, inéluctable, interminable. Là où Kundera pose la question de la légèreté ou de la lourdeur, cependant, Félix-Antoine Boutin – qui signe à la fois le texte et la mise en scène d’Un animal (mort) – s’attaque plutôt à celle de la violence ou de la douceur.