Montréal déroule son tapis rouge mosaïque musiques du monde depuis mardi, avec le Festival international Nuits d’Afrique. Un événement estival qui fait voler en éclats tous les genres rythmiques du globe depuis bientôt quatre décennies. Pour se préparer à cette fête sans arrêt sur 12 jours, qui de mieux que la formation Sarāb et son registre étourdissant de diversités.
De retour de Toronto, la chanteuse franco-syrienne Climène Zarkan et le guitariste Baptiste Ferrandis affichent un calme certain. Mais derrière cette apparence, il y a deux êtres brûlant de leur art musical. En bientôt quatre albums, le groupe – dont la sémantique arabe Sarāb fait référence au mirage – s’épanouit en portant haute la revendication. Pas question de faire de la musique pour être célèbres si ce n’est qu’affaire de glam!
Depuis leur premier souffle en 2019, l’horizon n’est guère illusion: tout pour le jazz-rock arabe et les influences orientales, au service de leur puissance originelle. Une traversée sans boussole: Égypte, Syrie, Inde et Grèce. Refusant de servir la politique, Sarāb préfère laisser entrer tous les mouvements qui soient, en restant lucides face à l’éphémère. Leur philosophie: toute chose passe, alors restons humbles.
Charismatique, la chanteuse Climène Zarkan évolue parmi le groupe de six musiciens. Son rapport à la voix relève d’un apprentissage organique où la sincérité est pulsation. Avant de plonger dans une forme autodidacte, la jeune femme s’éveille au chant par l’influence de son père.
Puis elle se lance sur les planches de la scène, seule école à la hauteur de ses aspirations. Elle encaisse en son être entier cette voix qui la pousse jusqu’à des retranchements méconnus. Une pratique vocale spirituelle. L’artiste apprend à aller toujours plus loin sans se faire mal.
« Mon chant est lié aux émotions, c’est une manière d’exprimer les injustices que je porte en tant que femme racisée. Il y a beaucoup à faire sortir de cette empreinte… »
Face au sort du monde et aux menaces pesant sur le genre humain, le groupe dénonce l’inacceptable. Leurs chansons et leurs textes servent d’alertes pour le public.
« On ne veut pas sauver le monde, notre devoir consiste à prendre parti pour l’humanité! », lance Baptiste d’un trait. Au croisement de plusieurs publics, dont les diasporas intellectuelles arabes et les hipsters, la multiplicité est leur ancrage. Après leurs concerts, on leur exprime à quel point l’expérience Sarāb a produit sa dose d’étonnement et d’évasion. Un ailleurs à portée de soi, quelque soit l’âge et la génération de leurs fans.





