La chute d’Internet Explorer, le grand navigateur des grandes entreprises

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La fin semble proche pour Internet Explorer, comme le déclare Chester Wisniewski, non sans une pointe d’humour et de soulagement : « S’il était encore possible de se rendre au bureau, j’achèterais un gâteau et on sortirait le vendredi soir pour souhaiter bon vent à Internet Explorer. Mais il faut avouer que pour la plupart des gens, ce programme était le symbole d’Internet. Pour eux, la transition a certainement quelque chose de sentimental ». Mais comment expliquer l’effondrement du navigateur qui semblait pourtant bien dominer le web?

S’il semble naturel de passer par Internet Explorer pour se diriger vers n’importe quel site internet, tels que Wikipedia ou cookiecasino.com, la question du navigateur à utiliser se pose de plus en plus à l’heure des rivalités entre géants de l’informatique et des avantages impliqués.

Quand la compagnie Microsoft décide de booster son propre navigateur Microsoft Edge, lancé en 2015, elle annonce publiquement ce ne sont pas moins de 365 applications (dont les produits Microsoft) qui seront rendus incompatibles avec Internet Explorer. Et ceci à partir du 17 août 2021.

Déjà depuis les années 90, le requin de la technologie accusait Internet Explorer d’exercer un monopole sur les opérateurs Windows, écartant tout rival, comme par exemple l’entreprise d’informatique américaine Netscape, rachetée par America Online en 1998 et fermée en 2003.

Byron Williams, professeur associé à l’université de Floride, explique: « Puisque Internet Explorer est le navigateur par défaut, il a bénéficié d’un investissement énorme en termes de temps de développement, de progrès, d’efforts et d’expertise ».

Le spécialiste ajoute que des organisations se sont vues hériter d’applications et de logiciels qui dépendaient – et c’est toujours le cas – des technologies d’Internet Explorer (IE). C’est pourquoi Chester Wisniewski, chercheur principal chez Sophos (une société de logistique et d’applications matérielles de sécurité), affirme que d’anciennes compagnies ont plus de chances d’avoir des applications nécessitant IE que les plus récentes, parmi lesquelles certaines startups de la Silicon Valley. La compagnie même pour laquelle il travaille, Sophos, possédait de telles applications encore récemment. Le chercheur raconte qu’il a fallu beaucoup de temps pour que la compagnie parvienne à se débarrasser d’une « obscure » application de comptabilité dont cinq personnes à la finance avaient besoin pour travailler.

Wisniewski et Williams expliquent que des entreprises de santé ou de manufacture – ainsi que certaines municipalités offrant des services à leurs communautés – utilisent souvent des applications qui passent par le navigateur IE. Byron Williams illustre ce fait en racontant que sur son précédent lieu de travail, il fallait parfois passer par IE rien que pour se connecter à l’application servant à contrôler des parcelles de terrain.

Pour tous ces utilisateurs d’applications héritées de IE11, Microsoft tente d’apporter des solutions rassurantes en affirmant que les programmes en question, tout comme ceux de leurs propres investissements, continueront de fonctionner.  Et pourtant, Wisniewski revient sur cette annonce en soulignant la vulnérabilité de leurs utilisateurs qu’aucune mise à jour dans les mesures de sécurité ne mettra à l’abri de cyberattaques. Du point de vue de la sécurité et de la protection des données, le chercheur de Sophos prévient bien qu’« il est crucial que personne n’use IE pour naviguer sur le web si Microsoft le rend incompatible avec ses programmes ».

En termes de coûts, il semble difficile de prévoir les chiffres qu’impliquerait la transition puisqu’ils dépendraient principalement de l’application pour laquelle une compagnie souhaiterait se détacher d’IE. Il semble tout de même improbable que la plupart des projets reviennent À plus de 50 000 dollars. Mais Wisniewski prévoit bien la possibilité de l’apparition d’un véritablement marché de compagnies informatiques spécialisées dans la conversion et la modernisation d’applications IE. Un marché qui pourrait fortement encourager la transition.

Pour un spécialiste de la cybersécurité tel Wisniewski, l’ancien navigateur a présenté bien des limites. Bien que Microsoft ait proposé un logiciel appelé ActiveX et qui permet un dialogue de programmes au sein d’IE, cette technologie présente aussi les dangers d’un accès direct à tout le système opératoire de l’ordinateur.

Ainsi, si la concurrence est rude, elle semble surtout encourager les grandes compagnies informatiques à améliorer leurs navigateurs afin de proposer les conditions les plus avantageuses à leurs utilisateurs, leur rendant ainsi le choix à faire difficile, surtout lorsqu’il s’agit d’engager une conversion de leurs programmes. Conversion qui semble pourtant bien entamée et sur laquelle les plus grands spécialistes n’émettent aucun doute.

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Pieuvre.ca

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