Sur Twitter, les faussetés circulent plus vite que la vérité

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The Economist

À travers la campagne française, à l’été de 1789, des rumeurs faisaient état d’aristocrates vengeurs désireux de détruire les propriétés des paysans. C’était faux. La Grande Peur, comme on l’appelle, a poussé la France vers la révolution avec un mélange de rumeurs et de racontars.

Deux siècles plus tard, les méthodes visant à répandre des faussetés se sont largement améliorées. Dans la premier étude du genre, publiée dans Science, le 8 mars, Soroush Vosoughi et ses collègues du Massachusetts Institute of Technology ont présenté des preuves voulant que, sur Twitter, les fausses informations circulent plus rapidement et atteignent plus de personnes que la vérité.

L’étude en question, effectuée au Laboratory for Social Machines du MIT, l’a démontré en examinant tous les tweets envoyés entre 2006 et 2017. Les chercheurs ont utilisé des modèles statistiques pour classer les tweets comme étant faux ou vrais, en utilisant des données obtenues de la part de six organisations de vérification des faits. Cela a permis aux chercheurs de catégoriser plus de 4,5 millions de messages portant sur environ 126 000 sujets. Ces sujets ont été classés en fonction de leur capacité à circuler au sein des utilisateurs du service.

Les résultats sont étonnants. Les fausses informations ont été republiées par davantage de gens que les vraies informations, et ont circulé plus rapidement. Les vraies informations ont eu besoin, en moyenne, de six fois plus de temps pour atteindre au moins 1500 personnes. À peine 0,1% des vraies infos ont été partagées par plus de 1000 personnes, mais 1% des fausses infos ont eu droit à un nombre de partages allant de 1000 à 100 000.

La raison pour laquelle les fausses informations obtiennent de meilleurs résultats est simple, affirment les chercheurs. Les idées circulent facilement sur les réseaux sociaux parce qu’elles sont attirantes, pas parce qu’elles sont vraies. L’une des méthodes pour rendre les nouvelles intéressantes consiste à leur donner un vernis de nouveauté. Et effectivement, lorsque les chercheurs ont évalué le degré de nouveauté d’un tweet, en le comparant statistiquement avec d’autres tweets, ils ont constaté que les faux tweets semblaient bien plus « nouveaux » que les vraies informations.

Les faussetés étaient également plus à risque d’inspirer des émotions telles que la peur, le dégoût et la surprise, alors que les vérités entraînaient de l’anticipation, de la tristesse, de la joie et de la confiance, ce qui porte à croire que les gens préfèrent partager des informations qui génèrent des réactions négatives fortes. Ce n’est d’ailleurs probablement pas une coïncidence si les fausses nouvelles politiques étaient le plus à risque de devenir virales.

Les travaux font également la lumière sur l’impact des « bots », des comptes automatisés se faisant passer pour de vraies personnes. L’idée que des bots russes, en particulier, ont aidé à faire gagner Donald Trump lors de la plus récente présidentielle américaine est solidement ancrée dans l’imaginaire collectif. L’étude révèle toutefois que, sur Twitter, du moins, la présence de ces comptes automatisés ne semblent pas renforcer la diffusion des faussetés, en comparaison à la dissémination des vraies informations.


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