D’importants républicains se joignent aux démocrates pour stopper la séparation des familles d’immigrants

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The New York Times

Des dirigeants des deux principaux partis politiques américains ont réclamé dimanche que le président Donald Trump mette fin à la pratique de son administration consistant à séparer les parents de leurs enfants lors de leur arrestation à la frontière, alors que le dossier contribue à polariser encore plus le dossier déjà toxique de la réforme de l’immigration dans les officines de Washington.

Des législateurs républicains, l’ex-première dame Laura Bush, un journal conservateur et un ancien conseiller de Donald Trump se sont joints aux démcorates pour condamner les séparations des membres d’une même famille qui ont placé près de 2000 enfants à l’écart de leurs parents en seulement six semaines. L’administration soutient qu’elle ne fait qu’appliquer la loi, une déclaration fausse répétée à plusieurs reprises par le président.

Le dossier a pris une toute nouvelle importance le jour de la fête des pères, alors que des législateurs démocrates ont visité des centres de détention au Texas et au New Jersey pour protester contre les séparations, et que le Chambre des représentants s’est préparée à se pencher sur les lois concernant l’immigration, cette semaine. Des photos d’enfants entassés sans leurs parents dans des bâtiments sans âme, y compris un ancien magasin Walmart, ont jeté de l’huile sur le feu et placé l’administration sur la défensive.

M. Trump n’a pas directement abordé la séparation des familles dimanche, déclarant simplement que les démocrates devraient travailler avec les républicains sur un projet de loi pour sécuriser la frontière. « N’attendez pas les élections, parce que vous allez perdre! », a-t-il écrit sur Twitter.

Mais son épouse, Melania Trump, s’est invitée dans le débat, disant « haïr le fait de voir des enfants être séparés de leur famille, et espérer que les deux partis pourront finalement travailler de concert ». Mme Trump « croit que nous avons besoin d’un pays qui respecte toutes les lois, mais aussi d’un pays qui gouverne avec le coeur », a fait savoir le bureau de la première dame par voie de communiqué.

En rendant « les deux partis » responsables de la situation, Mme Trump reprend l’assertion de son mari, selon qui la situation découle d’une loi écrite par les démocrates. En fait, l’administration a annoncé une approche de « tolérance zéro » ce printemps, menant aux séparations.

Pour Mme Bush, toutefois, la précédente première dame républicaine, la situation est entièrement la faute de l’administration Trump. « La raison de ses séparations est la politique de tolérance zéro envers les parents, qui sont accusés d’entrée illégale au pays », a-t-elle écrit dans une lettre publiée dans le Washington Post.

« Cette politique est cruelle. Elle est immorale. Et cela me brise le coeur. »

La sénatrice républicaine Susan Collins a elle aussi déploré les séparations, dimanche, sauf dans les cas où il existe des preuves d’abus, ou pour une autre bonne raison.

« Ce que l’administration a décidé de faire, c’est de séparer les enfants de leurs parents pour tenter d’envoyer le message voulant que si vous franchissez la frontière, vos enfants vous seront enlevés », a-t-elle déclaré sur les ondes de Face the Nation, au réseau CBS. « Cela traumatise les enfants, qui sont des victimes innocentes. Et cela est contraire à nos valeurs dans ce pays. »

Mensonge présidentiel

Contrairement aux déclarations publiques de Donald Trump, aucune loi n’exige que les familles soient séparées à la frontière. L’annonce de la politique de « tolérance zéro » effectuée ce printemps par le secrétaire de la Justice Jeff Sessions, a provoqué une situation où les enfants sont enlevés à leurs parents et enfermés dans ce qui est l’équivalent de prisons fédérales.

De précédentes administrations ont offert des exceptions à la classification de tous les immigrants illégaux en criminels, exceptions qui s’appliquaient aux adultes voyageant avec des enfants mineurs, mais l’administration Trump a refusé d’agir de la sorte. Si le président a blâmé les démocrates, son conseiller haut placé Stephen Miller a confié au New York Times, la semaine dernière, qu’il s’agissait « d’une simple décision, de la part de l’administration, d’avoir une politique de tolérance zéro pour les arrivées illégales, point à la ligne ».

Au département de la Sécurité intérieure, la ministre Kirstjen Nielsen a semblé refuser d’être empêtrée dans le dossier, twittant dimanche soir que « nous n’avons pas de politique de séparation des familles à la frontière, point final ».

Mme Nielsen a effectué une distinction entre les demandeurs d’asile qui tentent d’entrer aux États-Unis par les postes-frontière désignés et ceux qui arrivent à d’autres endroits. « Pour les demandeurs d’asile, nous avons poursuivi la politique des précédentes administrations et ne séparerons les familles que si les enfants sont en danger, s’il n’y a pas de relation entre les membres d’une même « famille », ou si l’adulte a violé la loi », a-t-elle précisé.

On rapporte toutefois des cas d’arrestation de demandeurs d’asile, et certains postes frontaliers refuseraient carrément les demandes d’asile. Dans ces cas, les migrants traversent où ils le peuvent, et comme ils ne sont pas à un poste frontalier officiel, sont emprisonnés même s’ils présentent une demande en bonne et dûe forme. Plusieurs demandeurs ignorent où se trouvent les points d’entrée officiels.

La fureur découlant de la politique de séparation des familles a semblé prendre de l’ampleur, alors que le président doit rencontrer les républicains de la Chambre, mardi, en prévision de votes sur un projet de loi sur l’immigration qui a divisé le parti. Deux projets de loi distincts feront l’objet de votes, une mesure de la droite dure qui devrait être battue, et un compromis rédigé par le leadership républicain de la Chambre des représentants.

M. Trump a provoqué la confusion chez ses alliés à la Chambre avec des signaux contradictoires à propos de ses préférences. Vendredi, il a affirmé qu’il ne signerait pas le projet de loi « modéré » appuyé par le président de la Chambre, Paul Ryan, mais la Maison-Blanche l’a par la suite contredit en indiquant que le président avait été confus.

Quoi qu’il en soit, la politique de séparation des familles a très mauvaise presse. Le New York Post, d’obédience conservatrice et appartenant à New Corporation, le conglomérat du magnat de droite Rupert Murdoch, a écrit dimanche que « ce n’est pas seulement que cela semble horrible aux yeux de la planète. C’est simplement horrible ».

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Pieuvre.ca

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