Pour le sommet Washington-Pyongyang, rendez-vous en Mongolie?

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De tous les obstacles pouvant faire dérailler l’éventuel sommet entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un, simplement se rendre sur les lieux de la possible rencontre pourrait s’avérer être l’aspect le plus complexe.

Alors que des responsables travaillent d’arrache-pied pour organiser cette réunion autrefois impensable et qui a été annoncée pratiquement en catastrophe, afin que l’événement ait lieu dans les prochaines semaines, l’endroit du rendez-vous historique demeure inconnu. Impossible de savoir, après tout, si la flotte d’avions de l’époque soviétique appartenant à M. Kim peut le transporter à plus de quelques milliers de kilomètres de son État, écrit le New York Times.

« Nous avons qu’il possède un avion, mais c’est un vieil appareil », mentionne Sue Mi Terry, une ancienne analyste de la CIA et conseillère du Conseil national de sécurité des États-Unis qui a travaillé sur des dossiers liés à la Corée. « Personne ne sait vraiment s’il fonctionne. »

Depuis son arrivée au pouvoir en 2011, M. Kim n’aurait pas quitté son pays en avion, et la question de son moyen de transport ajoute une couche de complications politiques à un sommet déjà incertain. Les leaders en exercice des deux pays ne se sont jamais rencontrés.

M. Kim pourrait-il emprunter un avion? Peut-être, mais pas sans entamer son prestige, qu’il considère comme essentiel à son image. La rencontre pourrait-elle être organisée suffisamment près de Pyongyang pour qu’il voyage en train, à l’image de son déplacement discret en Chine, le mois dernier? En théorie, oui, bien qu’il existe peu d’options viables. M. Trump pourrait-il plutôt se rendre à Pyongyang, la capitale nord-coréenne, faisant du coup disparaître ce problème? Le locataire de la Maison-Blanche n’a probablement pas envie de se placer dans une situation « d’infériorité » par rapport à Kim Jong-un en lui rendant directement visite.

C’est particulièrement difficile si vous n’avez droit qu’à une zone de 3000 kilomètres de rayon », indique David H. Rank, qui a précédemment été ambassadeur américain en Chine.

Des emplacements aux États-Unis et en Europe sont envisagés, a fait savoir mercredi un haut responsable de l’administration américaine, bien que la situation demeure fluide. Voici quelques options envisageables:

Europe

En théorie, un emplacement neutre comme la Suède ou la Suisse serait idéal. Les deux pays entretiennent des relations diplomatiques avec les États-Unis et la Corée du Nord, et ont indiqué qu’ils seraient ouverts à l’idée d’accueillir la rencontre.

Ces endroits ont déjà été choisis pour certains des plus grands accomplissements diplomatiques de l’histoire. Genève a accueilli la rencontre de 1985 entre les présidents américain Ronald Reagan et soviétique Mikhaïl Gorbatchev. La ville pourrait offrir l’environnement « dramatique » que les deux leaders semblent désirer.

Mais pour y aller, il faut un avion.

« Il ne prendra pas un vol commercial », a dit Mme Terry à propos du dictateur nord-coréen.

Sur le territoire américain

Avec la portée estimée des avions de M. Kim, un déplacement à Hawaï ou sur l’île de Guam, le territoire américain le plus près de la Corée du Nord, nécessiterait presque certainement un ravitaillement ou l’emprunt d’un appareil. Des experts de la Corée du Nord estiment qu’il s’agit d’une nécessité « indigne » que le leader n’accepterait pas.

« J’ai de la difficulté à croire qu’ils feraient cela. Ce serait embarrassant », avance Joel S. Wit, senior fellow au US-Korea Institute de l’Université John Hopkins. « Ils devraient emprunter un avion? Je veux dire, de quoi cela aurait-il l’air? »

Dans la péninsule coréenne

Deux emplacements de la péninsule coréenne pourraient faire l’affaire. La zone démilitarisée, une bande de terre de quelques kilomètres de large et d’environ 200 kilomètres de long divisant la péninsule, possède déjà des installations pouvant servir de lieu de rencontre: la Maison de la paix à Panmunjom, un village frontalier se trouvant être le seul endroit, le long de la frontière, où les soldats nord et sud-coréens se trouvent à proximité les uns des autres. Cette Maison de la paix se trouve tout juste du côté sud de la frontière.

S’y rendre nécessiterait environ trois heures de déplacement en voiture pour M. Kim – aucun avion requis. L’austérité de l’endroit ne ressemble toutefois aucunement au faste auquel est habitué le président américain.

« Vous devez y penser en fonction de la perspective de M. Trump », indique Mme Terry à propos de Panmunjom. « Ce n’est pas très « sexy ». »

Pyongyang serait plus adaptée aux intérêts de M. Kim. Les Américains viendraient à lui, dans le cadre de la première visite d’un président américain en exercice dans la capitale.

Mais un tel déplacement comporte des désavantages évidents pour M. Trump. Se prosterner devant M. Kim le place dans une position de négociation désavantageuse et cela risque de mal passer auprès du président, dont la politique extérieure belliqueuse laisse peu de place aux compromis.

Des experts en politique étrangère craignent qu’une visite à Pyongyang ne risque de légitimer le gouvernement autoritaire de M. Kim, dont le pays n’a pas de relations diplomatiques avec les États-Unis depuis l’établissement du régime, en 1948. Mais cet argument pourrait perdre de sa valeur si le projet va de l’avant.

« On pourrait avancer que le régime est déjà légitimé en tenant un sommet », estime Mme Terry.

Au dire du haut responsable de l’administration, toutefois, ceux deux endroits ne seraient plus dans la liste des lieux probables.

Ailleurs en Asie

Un autre emplacement sur le continent asiatique pourrait représenter le compromis le plus acceptable. Cela évite les complications du vol par avion pour M. Kim et permet que M. Trump ne doive pas se rendre en Corée du Nord. Les options sont limitées si le président américain veut toutefois conserver son capital politique. De fait, le Vietnam et Singapour sont sur la liste des lieux envisagés, plutôt que des choix évidents comme la Chine ou le Japon.

La Chine est politiquement problématique en raison de la relation difficile entre M. Trump et Pékin. Chercher à obtenir l’aide de la Chine dans le cadre d’un tel événement historique n’aiderait pas à raffermir la crédibilité des Américains, tandis que les liens entre Kim Jong-un et la Chine sont au mieux incertains.

« L’idée de tenir ce sommet sous l’aile protectrice de la Chine m’apparaît simplement impossible à envisager », soutient M. Rank.

Le Japon n’est pas non plus une option en raison de ses tensions historiques avec la Corée du Nord. La Russie représente un problème similaire à celui de la Chine; dans la foulée de tensions avec le Kremlin, M. Trump aurait tort de se fier à Moscou pour organiser ce qui serait un événement prestigieux sur le plan diplomatique.

La Mongolie pourrait toutefois convenir à toutes les parties et son gouvernement a offert d’accueillir les deux leaders à Oulan-Bator, la capitale.

« Sur le plan politique, du moins, l’endroit le plus pratique pour tout le monde serait la Mongolie et Oulan-Bator », estime M. Wit, « parce que les Mongols se voient comme la Suisse de l’Asie ».


En complément:

https://www.pieuvre.ca/2018/03/06/la-coree-du-nord-prete-a-abandonner-ses-activites-nucleaires-et-a-negocier-avec-le-sud/

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Pieuvre.ca

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