Rex Tillerson tend la main à la Corée du Nord, et attend toujours

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L’offre surprenante de discussions diplomatiques sans conditions préalables faite à la Corée du Nord par le secrétaire d’État américain Rex Tillerson repose sur deux questions pour l’instant sans réponse: Pyongyang veut-elle négocier? Et le président Donald Trump appuie-t-il son chef de la diplomatie?

Les premières indications ne sont pas encourageantes. Mercredi, la Maison-Blanche a contredit l’ouverture de Tillerson. La Corée du Nord n’a pas encore répondu.

L’initiative diplomatique, effectuée lors d’une allocution devant un groupe de réflexion de Washington, survient deux semaines après que la Corée du Nord eut testé un missile qui pourrait potentiellement transporter une ogive nucléaire jusque sur la côte est américaine. Voilà des décennies que le pays désire obtenir ces capacités militaires. Donald Trump s’est engagé à empêcher Pyongyang d’atteindre ce but, quitte à employer la force.

L’administration américaine a poursuivi une politique de « pression et engagement maximum », en se concentrant sur l’imposition de sanctions contre le régime communiste et son isolation diplomatique pour forcer le pays à négocier la fin de son programme nucléaire.

Tillerson, qui s’exprimera lors d’une rencontre du Conseil de sécurité des Nations unies, s’est fait le porte-étendard de l’engagement diplomatique, et alors que les risques d’affrontement ont augmenté, a progressivement abaissé le seuil à partir duquel, dit-il, les États-Unis pourraient entamer des discussions directes avec le royaume ermite.

Reculs

En mars, il a affirmé que la Corée du Nord devait d’abord abandonner ses armes atomiques. Un mois plus tard, il réclamait des « étapes concrètes » de réduction des menaces. L’été dernier, Tillerson a affirmé que des discussions pourraient avoir lieu après que la fin des tests de missiles par le Nord. Et mardi, pour la première fois, il a abandonné la condition selon laquelle la Corée du Nord devait accepter que le but de toute conversation était l’élimination de son arsenal nucléaire.

« Nous sommes prêts à discuter à n’importe quel moment où la Corée du Nord aimerait discuter. Et nous sommes prêts à tenir la première rencontre sans conditions préalables », a déclaré Tillerson devant le Atlantic Council, avant d’ajouter que le Nord devrait suspendre ses tests d’armes. Le pays a effectué plus de 20 tirs de missiles et un test nucléaire cette année.

Selon le secrétaire d’État, il est « irréaliste » de s’attendre à ce que Pyongyang entame des discussions pour abandonner un programme d’armes de destruction massive dans lequel il a tant investi pour le mettre au point,  bien que cela demeure l’objectif ultime.

Mercredi, la Maison-Blanche a semblé contredire l’offre de discussions sans conditions de Tillerson. Un porte-parole du National Security Council a indiqué que la Corée du Nord devait d’abord non seulement cesser toute provocation, mais « poser des gestes sincères et concrets vers la dénucléarisation ». Selon ce porte-parole, qui a réclamé l’anonymat, l’heure n’est pas aux discussions avec le régime de Kim Jong-un.

Discorde

Il existe de nombreux précédents d’une déconnexion publique entre Tillerson et Trump sur des questions vitales en matière de politique étrangère. En octobre, le président a semblé couper l’herbe sous le pied de son secrétaire d’État en affirmant que le chef de la diplomatie « perdait son temps » en tentant de négocier avec la Corée du Nord. Le tweet de Trump faisait suite aux indications, par Tillerson, que Washington maintenait ouverts des canaux de communication informels avec Pyongyang.

Et les doutes sur la confiance du président envers Tillerson ont persisté depuis que des responsables de la Maison-Blanche ont révélé l’existence, le mois dernier, d’un plan visant à remplacer le secrétaire d’État par le directeur de la CIA Mike Pompeo.

La Chine, qui a appelé au dialogue avec la Corée du Nord, ainsi que la Corée du Sud, qui craint des problèmes lors des Jeux olympiques prévus cet hiver, ont toutes deux favorablement accueilli la proposition de Tillerson.

Mais sans l’appui de la Maison-Blanche, l’appel de Tillerson pour des discussions sans conditions préalables n’iraient pas bien loin, estime Mark Fitzpatrick, de l’International Institute for Strategic Studies. « Un sceptique pourrait affirmer qu’il veut au moins démontrer que les États-Unis veulent tenter le coup sur le plan diplomatique, pour que toute future action militaire soit davantage justifiable », a dit M. Fitzpatrick.

La semaine dernière, le haut responsable politique des Nations unies Jeffrey Feltman a effectué une rare visite en Corée du Nord et y a rencontré le ministre des Affaires étrangères – un membre du puissant Politburo. M. Feltman, un ancien diplomate américain, a affirmé que des hauts responsables nord-coréens lui auraient dit qu’il « était important d’éviter la guerre ». Il a ajouté les avoir pressé de « commencer à parler de négociations », un engagement qu’il n’a pas pu obtenir.

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Pieuvre.ca

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