La Catalogne déclare son indépendance, Madrid la met sous tutelle

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Le Sénat espagnol a autorisé vendredi le gouvernement à administrer directement la Catalogne, qui a proclamé dans le même temps son indépendance.

La crise entre Barcelone et Madrid, provoquée par le référendum d’autodétermination catalan du 1er octobre, franchit ainsi de nouveaux paliers aux conséquences incertaines.

Le président du gouvernement Mariano Rajoy présidera en fin d’après-midi, à partir de 18h00 (16h00 GMT), un conseil des ministres extraordinaire lors duquel seront adoptées les premières mesures de mise sous tutelle de la Généralité.

Elles pourraient comprendre la destitution du gouvernement régional et le placement des forces de police catalanes sous l’autorité de Madrid.

Reste à savoir comment, sur le terrain, les mesures seront appliquées et dans quelle mesure les Catalans les accepteront. Certains partisans de l’indépendance ont appelé à une campagne de désobéissance civile.

La motion votée par le Parlement de Barcelone proclame que la Catalogne constitue un Etat indépendant, souverain et une démocratie sociale.

Elle appelle les pays et institutions à reconnaître l’indépendance de la région du nord-est de l’Espagne. « Ce ne sera pas facile, ça ne changera pas en un jour. Mais il n’y a pas d’alternative au processus qui conduira à la République catalane », a déclaré Marta Rovira, une élue de l’alliance indépendantiste Junts pel Si (Ensemble pour le oui) lors du débat qui a précédé le vote.

À l’issue des discussions, les élus du Parti socialiste (PSOE), du Parti populaire (conservateurs, PP) et de Ciudadanos (centre) ont quitté l’hémicycle en signe de protestation avant que les élus des partis indépendantistes Junts pel Si, CUP et Catalunya Si Que Es Pot, associé à Podemos, ne commencent à déposer leurs suffrages.

70 votes favorables

La motion a été adoptée par 70 voix pour, dix voix contre, et deux votes blancs, a annoncé la présidente du parlement régional, qui compte au total 135 élus.

Les députés ont également voté l’ouverture d’un « processus constituant » pour séparer la Catalogne du reste de l’Espagne. Les cris de « Président ! » ont fusé quand le chef de l’exécutif catalan, Carles Puigdemont, a quitté l’hémicycle après la proclamation d’indépendance.

Mariano Rajoy a réagi sur Twitter dans les minutes qui ont suivi en lançant un appel au calme à tous les Espagnols et en promettant de rétablir la légalité en Catalogne.

Dans la matinée, en s’adressant aux sénateurs, le président du gouvernement espagnol avait estimé qu’il fallait « adopter des mesures exceptionnelles que lorsqu’aucun autre remède n’est possible ».

« À mon avis, il n’y pas d’autre solution. La seule chose qu’il faut faire et qui doit être faite, c’est d’accepter la loi et de s’y conformer ».

« Nous sommes confrontés à un défi sans précédent dans notre histoire récente », avait continué Mariano Rajoy, pour qui les dirigeants catalans feignent d’ignorer la loi et se livrent à une parodie de démocratie.

Manifestation

Renonçant finalement jeudi à convoquer des élections régionales anticipées, le président de Catalogne, Carles Puigdemont, avait estimé qu’il incombait au Parlement régional d’apporter une réponse à apporter aux décisions de Madrid.

Le 10 octobre, neuf jours après la tenue d’un référendum sur l’indépendance, Carles Puigdemont avait fait une déclaration d’indépendance ambiguë, aussitôt suspendue pour permettre l’ouverture de négociations avec le gouvernement espagnol.

Mais aucune discussion n’a eu lieu et Carles Puigdemont n’a pas donné suite à l’invitation à se présenter devant le Sénat pour expliquer sa position.

Dans les rues du centre de Barcelone affluaient vendredi à la mi-journée des foules de partisans de l’indépendance, qui scandaient le mot « Liberté » en catalan et reprenaient des chants traditionnels de leur région.

« Je suis inquiet, je suis nerveux, comme tout le monde. Mais la liberté n’est jamais gratuite », déclarait un musicien de 50 ans, Jaume Moline, parmi la foule.

La crise a divisé la Catalogne et provoqué un profond ressentiment dans le reste de l’Espagne. De nombreux habitants de Madrid suspendent leur drapeau national aux balcons pour afficher leur volonté d’union nationale.

Sur le plan économique, le bras de fer entre Barcelone et Madrid a incité de nombreuses entreprises catalanes à transférer leur siège social hors de la région.

L’indice Ibex de la Bourse de Madrid a brutalement chuté à l’annonce de la proclamation d’indépendance.

La Catalogne est l’une des régions les plus prospères d’Espagne et dispose déjà d’un haut degré d’autonomie.

Mais la région a une longue histoire de griefs avec la capitale, exacerbés pendant la dictature franquiste, entre 1939 et 1975, années marquées par une brutale répression culturelle et politique.

Washington soutient Madrid

Le département d’État américain a apporté vendredi son soutien à Madrid dans la crise qui oppose le gouvernement central espagnol à l’exécutif régional catalan.

« La Catalogne est partie intégrante de l’Espagne et les États-Unis soutiennent les mesures constitutionnelles permettant de maintenir une Espagne forte et unie », a déclaré la porte-parole du département d’État Heather Nauert dans un communiqué.

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Pieuvre.ca

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