En Espagne, des indépendantistes catalans sont mis sous les verrous

1

L’Espagne a durci le ton contre la Catalogne lundi, avec un nouvel ultimatum lancé par le gouvernement de Madrid à Carles Puigdemont pour dire si oui ou non il a déclaré l’indépendance de la région et l’incarcération des dirigeants de deux des plus importantes organisations indépendantistes. 

L’Audience nationale, le plus haut tribunal espagnol, a ordonné la mise en détention préventive, sans possibilité de libération sous caution, de Jordi Sanchez, chef de l’Assemblée nationale catalane (ANC), et de Jordi Cuixart, dirigeant d’Omnium Cultural, une association qui oeuvre pour la promotion de la langue et de la culture catalanes.

Il s’agit des premiers indépendantistes catalans emprisonnés depuis le référendum d’autodétermination du 1er octobre. Tous deux sont accusés d’avoir joué un rôle clé dans l’organisation d’une manifestation pendant laquelle des gardes civils espagnols avaient dû se retrancher dans un bâtiment administratif de Barcelone alors que leurs véhicules avaient été incendiés.

Carles Puigdemont a réagi à cette décision de justice sur Twitter: « L’Espagne emprisonne des dirigeants de la société civile catalane pour avoir organisé des manifestations pacifiques. »

« Malheureusement, nous avons de nouveau des prisonniers politiques », a ajouté le président catalan en allusion à la dictature franquiste.

La Haute Cour de Madrid avait un peu plus tôt interdit au chef de la police catalane, Josep Lluis Trapero, de se rendre à l’étranger et confisqué son passeport, n’allant toutefois pas jusqu’à ordonner son placement en détention comme le procureur l’avait demandé.

Ultimatum… deuxième partie

Sous le coup d’une enquête pour sédition, sans être inculpé, Josep Lluis Trapero avait été convoqué par l’Audience nationale pour dire si les Mossos d’Esquadra (policiers catalans) ont délibérément refusé de faire respecter l’interdiction du référendum décrétée par la justice espagnole.

Il lui est aussi reproché de ne pas avoir donné l’ordre de secourir des gardes civils qui étaient retranchés dans l’immeuble de Barcelone.

Quelques heures avant ces décisions de justice, le gouvernement espagnol avait fait monter d’un cran la pression politique sur Carles Puigdemont en exigeant qu’il dise clairement d’ici à jeudi s’il a déclaré l’indépendance la semaine dernière.

Madrid avait donné initialement au président catalan jusqu’à ce lundi 10h00 locales (08h00 GMT) pour clarifier sa position, et jusqu’à jeudi 10h00 pour changer d’avis en cas de déclaration unilatérale d’indépendance.

Mais dans une lettre à Mariano Rajoy, l’intéressé n’a pas répondu directement à la question, prônant à la place un dialogue avec Madrid et proposant de rencontrer « le plus rapidement possible » le président du gouvernement espagnol. « M. Puigdemont a encore l’occasion de s’orienter vers une sortie de crise, il doit pour cela répondre ‘oui’ ou ‘non’ à la question d’une déclaration d’indépendance », a répondu la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria.

Mariano Rajoy a demandé à Carles Puigdemont de répondre à la question sur l’indépendance par un simple « oui » ou « non », ajoutant que toute réponse ambiguë serait considérée comme la confirmation qu’il y a bien eu proclamation d’indépendance. Il a averti que Madrid suspendrait l’autonomie de la Catalogne si Carles Puigdemont optait pour l’indépendance.

Demande de dialogue

La région a menacé de faire sécession à la suite du référendum du 1er octobre, jugé illégal par la Cour constitutionnelle espagnole. Ces événements ont plongé l’Espagne dans sa plus grave crise politique depuis la tentative de coup de force de février 1981.

Carles Puigdemont a fait mardi dernier une proclamation d’indépendance symbolique mais l’a suspendue quelques secondes plus tard et a appelé à des négociations avec Madrid sur l’avenir de la Généralité.

Dans sa lettre au président du gouvernement espagnol, communiquée aux médias catalans, Carles Puigdemont ne répond pas directement à la question sur la proclamation d’indépendance et, au lieu de cela, suggère que Mariano Rajoy et lui-même se rencontrent le plus rapidement possible pour engager un dialogue dans les deux mois à venir.

« Notre offre de dialogue est sincère et honnête. Dans les deux mois à venir, notre objectif principal est d’engager un dialogue, et de faire en sorte que toutes les institutions internationales, espagnoles et catalanes, ainsi que les personnalités qui se sont montrées désireuses d’un dialogue puissent le mener », dit-il dans la lettre. « De cette façon, nous vérifierons que chacune des parties veut bel et bien une solution négociée », ajoute-t-il.

Une proclamation d’indépendance déclencherait l’article 155 de la Constitution espagnole de 1978, en vertu duquel le gouvernement central peut imposer son administration directe à l’une des 17 communautés autonomes d’Espagne en cas d’infraction à la loi.

Le gouvernement central peut alors destituer l’administration régionale en place et mettre en place une autre équipe, prendre le contrôle de la police et des finances et convoquer des élections régionales anticipées.

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca

Un commentaire

  1. Avatar

    Vos informations ne sont pas correctes. Les véhicules de la Guarde Civile n’ont pas été incendiés!!! Ils ont seulement été couverts de fleurs, drapeaux et stickers… et deux parebrises ont été cassés lorsque certains manifestants sont montés sur les véhicules mentionnés

Répondre