Catalogne: le processus de séparation lancé lundi?

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La proclamation de l’indépendance de la Catalogne n’est plus qu’une question de jours, a assuré le chef de l’exécutif catalan, Carles Puigdemont, trois jours après un référendum d’autodétermination dont Madrid rejette la légitimité. 

Le Parlement régional, dit-on auprès de l’exécutif catalan à Barcelone, devrait se réunir lundi prochain à la demande des indépendantistes de la coalition Junts pel Si (Ensemble pour le oui) et de la CUP (Candidature d’unité populaire) pour débattre de l’indépendance de la région la plus riche d’Espagne.

Carles Puigdemont, dans une interview accordée à la BBC dont l’intégralité a été diffusée mercredi, dit que l’indépendance sera proclamée 48 heures après le décompte de tous les résultats officiels du référendum, auquel ont participé 43% des inscrits et dont 90% ont dit oui à l’indépendance.

« Cela finira probablement une fois que nous aurons tous les votes de l’étranger à la fin de la semaine, et par conséquent nous allons probablement agir durant le week-end ou en début de semaine prochaine », dit le président de la Généralité.

Interrogé sur l’éventualité d’une intervention de Madrid en vue de prendre le contrôle direct de la Catalogne, il a estimé qu’il s’agirait « d’une erreur » susceptible de « tout changer ».

Le service de presse de l’exécutif autonome a annoncé que Carles Puigdemont ferait une déclaration dans la journée, sans doute à 21h00 (19h00 GMT).

Le roi s’en mêle

Les propos du chef de l’exécutif catalan ont été diffusés après l’allocution du roi d’Espagne, Felipe VI, qui a déploré l’attitude « irresponsable » des dirigeants sécessionnistes catalans, les accusant d’avoir divisé la société catalane. « Aujourd’hui, la société catalane est fracturée », a dit le souverain dans une allocution télévisée diffusée mardi soir. Les dirigeants catalans, a poursuivi Felipe VI, « ont bafoué (…) le système de règles approuvées par la loi, démontrant une déloyauté inadmissible envers les pouvoirs de l’État ».

La couronne reste attachée à la Constitution espagnole et à la démocratie, a encore dit Felipe VI, rappelant que son rôle consiste à préserver « l’unité et la pérennité de l’Espagne. »

Dimanche, à l’issue du vote, Carles Puigdemont avait déjà ouvert la voie à une proclamation unilatérale d’indépendance, estimant que « les citoyens catalans (avaient) gagné le droit d’avoir un État indépendant sous la forme d’une république ».

Mardi, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues des villes de Catalogne, où une grève générale avait été décrétée par les indépendantistes pour dénoncer les violences policières lors du scrutin.

« Dossier interne » pour Bruxelles

Par ailleurs, le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans a indiqué mercredi que le dossier catalan devait être réglé « conformément à l’ordre constitutionnel espagnol ».

Le représentant de Bruxelles a implicitement fermé la porte à l’hypothèse d’une médiation de l’Union européenne, demandée lundi par Carles Puigdemont, le président de l’exécutif catalan, au lendemain du référendum sur l’indépendance de la région.

« Il s’agit d’une question interne de l’Espagne qui doit être gérée conformément à l’ordre institutionnel et constitutionnel de l’Espagne. C’est pourquoi l’Union européenne en appelle à tous les acteurs pertinents d’aller de l’avant, de passer de la confrontation au dialogue », a dit Frans Timmermans devant le Parlement européen.

« Les réponses ne pourront arriver que des parties impliquées et il s’agit des 47 millions d’Européens qui disposent d’une nationalité espagnole », a-t-il ajouté.

Le bras droit de Jean-Claude Juncker a critiqué le choix du gouvernement catalan d’organiser un référendum jugé contraire à l’ordre constitutionnel espagnol en rappelant que les sociétés européennes, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s’étaient reconstruites sur les principes de démocratie, d’État de droit et de droits de l’homme.

« Le respect de l’État de droit n’est pas une option. Si la loi ne vous offre pas ce que vous souhaitez, vous pouvez vous opposer à la loi, vous pouvez travailler à la modifier mais vous n’êtes pas en droit de l’ignorer », a-t-il dit.

Frans Timmermans a également évoqué les violences qui ont émaillé le scrutin de dimanche que les forces de l’ordre ont tenté d’empêcher.

« La violence ne résout rien en politique (…) Néanmoins, c’est la mission de chaque gouvernement de faire respecter l’État de droit et cela peut parfois nécessiter un usage proportionné de la force », a estimé l’ancien diplomate et ministre néerlandais des Affaires étrangères.

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Pieuvre.ca

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