Iran: journée de commémoration à la Bastille

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Hamid Enayat, collaborateur spécial

Je participais vendredi 29 septembre à une exposition sur la Place de la Bastille pour réclamer une enquête internationale sur « le massacre des prisons » en 1988 en Iran. Organisé par le Comité de soutien aux Droits de l’Homme en Iran, l’événement visait à sensibiliser l’opinion sur la « campagne pour la justice » lancée par des familles en quête de vérité.

Un récent rapport de la Rapporteuse spéciale des Nations unies pour les droits de l’homme en Iran, Asma Jahangir, a soutenu pour la première fois l’appel des familles pour une enquête indépendante sur ce crime resté impuni. La FIDH a déploré que les autorités iraniennes aient, à ce jour, « systématiquement refusé de communiquer aux familles l’emplacement de la dépouille de leurs proches ».

Amnesty International vient d’alerter sur les destructions des fosses communes de victimes des massacres dans certaines villes iraniennes. Les autorités craignent l’ampleur prise par le « mouvement pour la justice » lancée l’année dernière par l’opposition, alors que le sujet était jusqu’ici tabou et le fait de mentionner cet épisode sombre de l’histoire contemporaine de l’Iran, conduisait à la prison.

Plus de 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés durant l’été de 1988 en Iran, suite à une fatwa de Khomeiny, fondateur du régime islamiste qui avait opté pour « la solution finale » pour en venir à bout de l’opposition à son régime.

Le rapport de l’ONU, présenté début septembre à l’Assemblée générale, explique: « En août 2016, un enregistrement audio d’une réunion entre de hauts fonctionnaires de l’État et des dignitaires religieux en 1988 a été rendu public. Il révèle les noms des responsables qui ont ordonné les exécutions et les ont justifiées; en font notamment partie l’actuel ministre de la Justice, un juge de la Haute Cour de Justice toujours en fonction et le directeur de l’une des principales institutions religieuses du pays, qui était également candidat aux élections présidentielles tenues au mois de mai. »

Le témoignage des survivants

Lors de l’exposition, des survivants du massacre ont apporté des témoignages bouleversants sur les cas de familles entières décimées, de femmes enceintes exécutées, des adolescents de 13 et 14 ans pendus pour avoir vendu des journaux de l’opposition.

Sadegh Sistani avait 17 ans lorsqu’il a été arrêté pour la première fois au début des années 1980. Celui qui a été embastillé dix-sept ans de sa vie dans les geôles iraniens, a décrit les horreurs perpétrées par les intégristes pouvoirs en Iran: « J’en retiens des souvenirs teintés de souffrance et de résistance. Les tortures et privations, mais aussi les solidarités et compassions de camarades de cellule restés fidèles à leurs convictions. L’espace carcéral en Iran est avant tout un lieu de non-droit où le prisonnier d’opinion est à la merci des tortionnaires, dans un abime juridique total. »

La jeunesse iranienne a été massacrée parce qu’elle refusait le dictat de Khomeiny qui rêvait d’appliquer la charia et ramener la société vers des pratiques moyenâgeuses. La plupart des victimes étaient des militants de l’emblématique mouvement des moudjahidin du Peuple (OMPI), formé de jeunes intellectuels favorables à un islam tolérant et à la séparation de la religion et de l’État.

Amnesty International, la FIDH et Human Rights Watch ont déclaré qu’il s’agissait d’un « crime contre l’humanité ». Le silence face à cet effroyable massacre et l’impunité concédée à ses auteurs, qui occupent actuellement de hautes fonctions politiques, sécuritaires et judiciaires, les encouragent à poursuivre les exécutions sommaires en Iran.

Des participants au rassemblement de la Bastille ont appelé le gouvernement français:

  • À condamner vigoureusement le massacre de 1988 en tant que crime contre l’Humanité et à subordonner toute amélioration de relations avec le régime iranien à l’arrêt des exécutions.
  • À soutenir auprès du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, une enquête sur cette tuerie de grande ampleur afin que ses responsables soient traduits devant la justice.
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À propos du journaliste

Pieuvre.ca

9 commentaires

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    le mouvement moudjahidin du Peuple (OMPI) est un mouvement connu pour son autoritarisme, son alliance avec Saddam dans la guerre et son inscription en temps que mouvement terroriste jusqu’il y a quelques années. (ils ont fait exploser une pléiade de bombes à Téhéran après la révolution tuan des centaines voir des milliers de personnes)
    Le mouvement est connu pour être une quasi-secte : pendant la garde à vue de sa présidente, plusieurs membres se sont incinérés devant l’endroit où se passait la garde à vue.
    Les iraniens, même quand il sont opposés à ce régime, ne se reconnaissent pas dans ce mouvement qui grâce à des pots de vins étrangers arrivent à organiser des manifestations d’envergure…

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      C’est la même propagande que régime a utilisé pour massacrer les prisonniers politiques. Secte, ennemi de Dieu, terroriste…

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    Merci pour cet article qui nous éclaire sur une des pages sombres de la Répubique islamique. Il faut une enquête internationale sur ce crime contre l’humanité. Le Canada devrait prendre le devant dans cette exigeance de justice.

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    Chaque fois que on parle de justice et de droits de l’homme pour l’Iran, on trouve des membres de l’armée cybernétique de la République islamique. Nous condamnons les massacres de milliers de prisonniers politiques sans défense et les agents de Khamenei commencent à justifier les crimes de ce régime médiéval. Les noms des personnes qui ont commenté sont toujours différents. mais le langage fasciste de ces agents est le même, recherchez ce commentaire et voyez à quelle fréquence ces titres ont été répétés. Manque de créativité !

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    Rien ne justifie que les criminels de guerre soient poursuivis dans l’ancienne Yougosliavie et en Rwanda et soient traduits devant des tribunaux internationaux, alors qu’en même temps les médias taisent les mêmes horreurs en Iran et que nos autorités aillent serrer la main de ces criminels, sous prétexte de relations diplomatiques ou économiques et commerciales.

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    L’Occident a toujours tenté de composer avec l’aile « modéré » du pouvoir iranien pour tenter d’amener un changement. Après 40 ans de cette politique, le temps n’est-il pas venu pour se rendre compte que l’idée d’un changement depuis le sérail est la recherche du phantome et qu’il faut chercher en dehors du cecle du pouvoir, des opposants et les renforcer pour accéder à une Iran laïque et démocratique?

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