L’ancienne Allemagne de l’Est plombe la victoire d’Angela Markel

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Les électeurs de l’est de l’Allemagne ont contribué dimanche à ternir la victoire d’Angela Merkel, dont les conservateurs ont enregistré un score historiquement bas, et sanctionné la politique d’accueil des réfugiés de la chancelière en votant pour l’extrême-droite. 

L’entrée au Parlement de l’Alternative für Deutschland (AfD) signe le retour de l’extrême droite au Bundestag pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les résultats préliminaires des élections législatives créditent le parti anti-immigration de 22,9% des voix dans l’ex-Allemagne de l’Est, un score bien supérieur au résultat national du parti, de 13%.

La formation a particulièrement séduit les électeurs masculins des cinq Land de l’ancienne Allemagne de l’Est, qui l’ont plébiscité à 26%. Les chrétiens démocrates (CDU) d’Angela Merkel ont rassemblé dans la région 27,6% des suffrages, contre près de 33% au niveau national.

Angela Merkel a réussi dimanche son pari en s’assurant un quatrième mandat consécutif à la tête du gouvernement allemand mais, outre le défi posé par l’extrême-droite, elle va devoir s’atteler à de difficiles tractations avec les libéraux (FDP) et les Verts, deux partis aux vues diamétralement opposées, pour former une nouvelle coalition.

Les résultats suggèrent que l’effet de la crise des réfugiés, particulièrement mal acceptée à l’Est, a été sous-estimé dans les sondages. Ils signalent en outre la persistance des différences de vote entre l’Est et l’Ouest, 28 ans après la chute du Mur.

Au début du mois, un proche conseiller d’Angela Merkel décrivait les mécontents est-allemands comme une petite minorité et estimait que la politique d’accueil des réfugiés de la chancelière n’était plus un facteur négatif dans sa campagne.

Mais les résultats de dimanche laissent entendre le contraire.

« Traîtresse »

« Les électeurs est-allemands sont plus extrêmes, moins fidèles aux partis traditionnels. C’est comme ça depuis que le mur est tombé », résumait Hendrik Traeger, politologue à Leipzig.

Lors de son apparition à la télévision nationale dimanche soir, Angela Merkel a été à nouveau interrogée sur sa décision, il y a deux ans, d’accueillir des milliers de réfugiés ayant rejoint l’Allemagne à pied depuis la gare de Budapest, en Hongrie.

Dans les mois suivants, des milliers d’autres migrants ont pris la route des Balkans, après une traversée de la mer Égée les amenant en Grèce, dans l’espoir de rejoindre l’Allemagne.

« Nous n’avons cessé de parler de ce qui s’est passé à l’automne 2015 et je reste convaincue que toutes les autres options discutées à l’époque – jusqu’à déployer des canons à eau à la frontière allemande et d’autres choses – étaient pour moi hors de question », a-t-elle déclaré. « Je pense que cette décision était la bonne », a-t-elle ajouté.

Lors de ses interventions de campagne, Merkel a assuré aux électeurs que l’afflux migratoire de 2015 ne se répéterait plus. Au cours de plusieurs meetings est-allemands, elle a été huée et qualifiée de « traître au peuple », des mots impensables avant la crise des réfugiés et d’autant plus percutants qu’Angela Merkel est une enfant de l’Est.

La chancelière a grandi derrière le Rideau de fer, à Templin, au nord de Berlin. Son père, un pasteur luthérien de conviction socialiste, a déménagé d’ouest en est avec sa famille peu après sa naissance, avant la construction du mur.

Aux dernières élections législatives de 2013, les chrétiens-démocrates avaient remporté 38,5% des votes à l’Est (contre 41,5% au niveau national), soit plus de dix points du résultat de dimanche.

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Pieuvre.ca

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