Qu’arrivera-t-il avec le référendum catalan?

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Les opérations menées par la police espagnole en Catalogne cette semaine vont manifestement compliquer la préparation du référendum d’autodétermination prévu le 1er octobre, a déclaré jeudi le vice-président de l’exécutif régional. 

La police a, fait sans précédent, arrêté mercredi le secrétaire d’État à l’Economie du gouvernement autonome de Catalogne, Josep María Jové, et conduit une quarantaine de perquisitions dans plusieurs ministères régionaux.

En outre, elle a saisi du matériel d’impression, des bulletins de vote, des urnes et 45 000 enveloppes que le gouvernement régional était sur le point d’envoyer pour informer les électeurs du déroulement de la consultation, que le pouvoir central à Madrid juge illégale.

« Il est évident que nous ne serons pas en mesure de voter comme on l’aurait voulu », a déclaré le numéro 2 et ministre de l’Économie de la Generalitat, Oriol Junqueras. « Ils ont changé les règles », a-t-il dit à la chaîne de télévision TV3.

C’est la première fois depuis l’annonce, au début du mois, de ce référendum qu’un haut responsable du pouvoir exécutif catalan évoque des difficultés en vue de sa tenue.

D’après les enquêtes d’opinion, l’indépendance ne convainc pas la majorité des Catalans mais ils souhaitent dans leur majorité l’organisation d’un référendum sur la question.

Le pouvoir central multiplie les mesures pour empêcher un scrutin auquel il dénie toute légitimité et le président du gouvernement, Mariano Rajoy, est intervenu solennellement à la télévision mercredi soir pour inviter les organisateurs du vote à renoncer à ce qui n’est pour lui qu’une « chimère ».

Madrid insiste pour dire que la porte est ouverte pour un dialogue mais celui-ci semble difficile. Réagissant à l’allocution télévisée de Mariano Rajoy, le président de la Generalitat, Carlos Puigdemont, a tweeté mercredi soir: « Nous n’accepterons pas le retour à des périodes sombres. Le gouvernement catalan défend la liberté et la démocratie ». Allusion au franquisme.

Jeudi, des centaines de personnes se sont rassemblées devant la Haute Cour de justice de Catalogne pour exiger la libération de la dizaine de hauts fonctionnaires arrêtés la veille. À Madrid, le porte-parole du gouvernement, Inigo Mendez de Vigo, a minimisé la portée de ces rassemblements.

« Lors de ces manifestations, on voit les gens qui y sont mais on ne voit pas tous ceux qui n’y sont pas, et sont beaucoup plus nombreux et restent chez eux parce qu’ils n’aiment pas ce qui se passe », a-t-il dit.

Pendant ce temps, chez les argentiers…

Un des éléments clés sur la voie d’une Catalogne indépendante repose sur la création d’une administration fiscale solide.

Les responsables du pouvoir exécutif régional, la Generalitat, y travaillent dans la perspective du référendum d’autodétermination qu’ils veulent organiser le 1er octobre. Même si le pouvoir central espagnol à Madrid considère cette initiative comme illégale et multiplie les mesures – judiciaires et policières – pour empêcher la tenue du scrutin.

Dans un immeuble de verre avec vue sur le port de Barcelone, le nouveau service des impôts catalan est prêt à fonctionner.

Pour l’heure, ce ne sont que bureaux vides et ordinateurs éteints mais les autorités ont signé un bail de vingt ans et déjà dépensé 18 millions d’euros pour étendre les compétences de l’administration fiscale régionale.

Le nombre d’employés a augmenté de 75% cette année et atteint désormais 700. Une dizaines d’antennes locales ont été ouvertes un peu partout en Catalogne.

Comme d’autres régions d’Espagne, la Catalogne dispose déjà de sa propre administration pour prélever certains impôts comme ceux sur la fortune et les droits de succession, mais aussi des taxes sur les paris et les transports

Mais les promoteurs du référendum sur l’indépendance veulent pouvoir prélever tous les impôts, jugeant en outre que le système actuel est préjudiciable à la Catalogne, la plus riche région d’Espagne avec un PIB supérieur à celui du Portugal.

Le président de la Généralité de Catalogne, Carles Puigdemont, a ainsi dit que la nouvelle administration fiscale catalane était prête à collecter des revenus perçus jusqu’à présent par l’État espagnol, comme l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés, le règlement des dettes et la TVA.

Chaque année, la Catalogne paie à Madrid sous forme de taxes dix milliards d’euros de plus qu’elle ne reçoit de l’État espagnol, selon des données du ministère espagnol du Trésor.

À titre de comparaison, l’Andalousie, région la plus pauvre d’Espagne, touche à l’inverse huit milliards d’euros de plus qu’elle n’en verse à Madrid.

« Cette histoire d’argent est un des éléments à l’origine du problème », résume Angel Talavera, un économiste catalan qui travaille pour Oxford Economics. « Autrement dit, la Catalogne a l’impression de se fait avoir ».

D’après les calculs du ministre catalan du Trésor, Josep Lluis Salvado – l’un des hauts fonctionnaires arrêtés mercredi – la perception de tous les impôts, en particulier la TVA, rapporterait à la Catalogne 42 milliards d’euros par an. L’administration fiscale en a collecté trois l’an dernier.

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Pieuvre.ca

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